La maîtrise des techniques de soudage industriel repose sur un socle normatif rigoureux qui garantit la qualité et la sécurité des assemblages soudés. La norme ISO 15614-1 constitue l’un des piliers fondamentaux de ce système de qualification, établissant les principes et exigences pour valider les modes opératoires de soudage dans l’industrie métallurgique moderne. Cette norme technique définit précisément comment démontrer qu’un procédé d’assemblage soudé est capable de produire des joints présentant les propriétés mécaniques requises pour leur application finale. Son importance s’étend bien au-delà du simple cadre réglementaire, car elle influence directement la fiabilité des constructions métalliques, des équipements sous pression et des structures critiques.

Présentation générale de la norme ISO 15614-1 pour la qualification des modes opératoires de soudage

L’ISO 15614-1 représente l’évolution moderne des pratiques de qualification en soudage, remplaçant les anciennes références comme la NF EN 288-3. Cette norme établit un cadre méthodologique complet pour évaluer la capacité d’un mode opératoire de soudage à produire des assemblages conformes aux exigences techniques spécifiées. Elle s’articule autour de deux niveaux distincts de qualification : le niveau 1, destiné aux applications courantes, et le niveau 2, plus exigeant, requis pour les constructions critiques selon la norme EN 1090-2.

La philosophie de cette norme repose sur le principe de démonstration par l’épreuve pratique. Au lieu d’imposer des procédés spécifiques, elle définit des résultats à atteindre et des méthodes d’évaluation objectives. Cette approche permet aux fabricants de développer leurs propres solutions techniques tout en garantissant un niveau de qualité homogène. L’objectif principal consiste à prouver que le procédé d’assemblage proposé peut produire de manière répétable des soudures présentant les caractéristiques mécaniques nécessaires à l’application visée.

Le champ d’application de la norme couvre une vaste gamme de procédés de soudage, incluant le soudage à l’arc avec électrode enrobée (procédé 111), le soudage MIG-MAG (procédés 135/136), le soudage TIG (procédé 141), le soudage sous flux en poudre (procédé 12) et même le soudage oxyacétylénique (procédé 311). Cette polyvalence technique fait de l’ISO 15614-1 un outil de référence adapté aux besoins diversifiés de l’industrie moderne.

La qualification d’un mode opératoire de soudage selon l’ISO 15614-1 ne se contente pas de valider un procédé technique, elle certifie la capacité d’un fabricant à reproduire de manière fiable des assemblages soudés de qualité industrielle.

Exigences techniques et critères d’acceptation selon l’ISO 15614-1

Les exigences techniques de la norme ISO 15614-1 s’organisent autour de critères précis qui déterminent la validité d’une qualification. Ces critères englobent non seulement les aspects purement techniques du soudage, mais également les conditions d’exécution, les paramètres de contrôle et les méthodes d’évaluation. La rigueur de ces exigences garantit que seuls les modes opératoires véritablement maîtrisés obtiennent leur qualification.

Paramètres de soudage essentiels et variables critiques

L’identification des param

aramètres de soudage essentiels et des variables critiques est un point central de la qualification. La norme distingue généralement les variables essentielles, essentielles supplémentaires et non essentielles. Modifier une variable essentielle en dehors du domaine de validité (par exemple, le procédé, le métal d’apport, l’épaisseur ou le groupe de matériaux) entraîne l’obligation de refaire une QMOS, car cela peut modifier de façon significative les propriétés mécaniques du joint soudé.

Parmi les paramètres de soudage essentiels couverts par l’ISO 15614-1, on retrouve notamment le procédé de soudage (MMA, MIG-MAG, TIG, SAW, oxyacétylénique), le type de courant (CC+, CC-, CA), l’intensité, la tension, la vitesse d’avance, l’énergie de soudage, le préchauffage, la température entre passes et le traitement thermique après soudage. À cela s’ajoutent les diamètres de fil, le type de gaz de protection, le nombre de passes et la préparation des bords. Ensemble, ces paramètres forment la “carte d’identité” du mode opératoire de soudage.

L’ISO 15614-1 impose que ces paramètres soient définis de façon précise dans le descriptif de mode opératoire préliminaire (pWPS) puis confirmés lors de l’épreuve de qualification. Une variation minime peut être tolérée, mais toujours dans les limites du domaine de validité prévu par la norme (par exemple, plage d’épaisseur qualifiée, plages d’intensité ou de vitesse). C’est un peu comme une recette de cuisine industrielle : vous pouvez ajuster légèrement la température du four, mais pas transformer un four à gaz en four à micro-ondes sans revoir toute la recette.

Éprouvettes d’essai et dimensions normalisées pour les assemblages bout à bout

Pour démontrer la conformité d’un mode opératoire de soudage, l’ISO 15614-1 impose la réalisation d’assemblages de qualification selon des géométries standardisées. Les cas les plus courants concernent les assemblages bout à bout à pleine pénétration sur tôle plane ou sur tube. Ces assemblages témoignent de la capacité du procédé à maîtriser la fusion sur toute l’épaisseur du matériau, condition indispensable pour les structures sollicitées mécaniquement.

Les dimensions minimales des plateaux de qualification sont définies de manière à permettre le prélèvement de l’ensemble des éprouvettes destructives et non destructives. Pour un joint bout à bout sur tôle, la norme indique typiquement une longueur minimale d’environ 350 mm et une largeur d’au moins 150 mm, avec des épaisseurs choisies pour couvrir la plage d’épaisseurs visées par la qualification. Pour un joint bout à bout sur tube, un diamètre extérieur minimal et une épaisseur définie garantissent la représentativité de l’éprouvette par rapport aux fabrications réelles.

La forme de la préparation de joint (chanfrein en V, en X, en U, avec ou sans talon) doit suivre le descriptif de mode opératoire préliminaire. L’assemblage doit être soudé dans les mêmes conditions que celles prévues en production : position de soudage (PA, PB, PC, etc.), accès, nombre de passes, type de support envers. C’est précisément parce que ces assemblages témoins sont robustement définis que la qualification obtenue peut ensuite être extrapolée à un domaine d’application plus large, dans les limites fixées par la norme.

Essais mécaniques obligatoires : traction, pliage et résilience charpy

Une fois l’assemblage soudé réalisé, l’ISO 15614-1 impose une série d’essais destructifs pour vérifier la résistance mécanique de la soudure et des zones adjacentes. Les essais de traction transversale permettent de mesurer la résistance du joint dans son ensemble. L’objectif est de s’assurer que la résistance à la traction n’est pas inférieure à la valeur minimale spécifiée pour le métal de base le plus faible. En d’autres termes, le joint soudé ne doit pas être le “maillon faible” de la chaîne.

Les essais de pliage (pliage face, pliage racine, voire pliage latéral pour les fortes épaisseurs) examinent la ductilité et l’absence de défauts internes ou de manque de fusion. Les éprouvettes sont pliées à un angle défini (souvent 180° pour les aciers ayant un allongement suffisant), autour d’un mandrin de diamètre normatif. Si des fissures, inclusions ou défauts dépassent les critères d’acceptation, la qualification est refusée ou des contre-essais peuvent être demandés.

Lorsque les caractéristiques de ténacité sont spécifiées (par exemple pour des aciers de construction de type S355J2, S460 ou des aciers à haute limite d’élasticité), des essais de résilience Charpy V sont exigés. Ces essais, réalisés généralement à basse température (par exemple -20 °C ou -40 °C), mesurent l’énergie absorbée lors de la rupture d’une éprouvette entaillée dans la zone fondue et dans la zone affectée thermiquement (ZAT). Ils sont essentiels pour les structures exposées au froid, aux chocs ou aux charges dynamiques, comme les ponts, grues ou équipements offshore.

Contrôles non destructifs par ressuage et radiographie selon EN ISO 17635

En complément des essais mécaniques, la norme ISO 15614-1 exige l’application de contrôles non destructifs (CND) sur les assemblages de qualification. Ces contrôles sont réalisés selon les règles générales de la norme EN ISO 17635, qui encadre les méthodes de contrôle des assemblages soudés. L’objectif est de détecter les défauts internes ou de surface susceptibles d’affecter la tenue en service du joint soudé.

Le contrôle par ressuage (ou par magnétoscopie pour les matériaux ferromagnétiques) est typiquement utilisé pour déceler les discontinuités débouchantes en surface : fissures, porosités ouvertes, manque de fusion, soufflures. Ce contrôle, relativement simple à mettre en œuvre, est particulièrement pertinent pour les zones de concentration de contraintes et pour les pièces où l’aspect de surface est critique. Il est réalisé après refroidissement complet et, le cas échéant, après traitement thermique post-soudage.

Pour les défauts internes, la radiographie industrielle ou le contrôle par ultrasons sont principalement employés. La radiographie est privilégiée pour les épaisseurs faibles à moyennes, tandis que les ultrasons sont adaptés aux fortes épaisseurs (généralement au-delà de 8 mm, selon la norme). Les niveaux d’acceptation sont alignés sur les exigences de la norme d’application (par exemple EN ISO 5817 pour les imperfections des soudures par fusion). En combinant CND et essais mécaniques, la qualification offre ainsi une vision complète du comportement et de l’intégrité du joint soudé.

Processus de qualification WPQR et validation des soudeurs certifiés

La qualification d’un mode opératoire de soudage selon l’ISO 15614-1 aboutit à l’établissement d’un WPQR (Welding Procedure Qualification Record), ou procès-verbal de qualification du mode opératoire de soudage (PV-QMOS). Ce document formel consigne l’ensemble des paramètres de soudage, les résultats d’essais et le domaine de validité obtenu. Il sert ensuite de base à la rédaction du WPS (Welding Procedure Specification), document opérationnel utilisé en atelier ou sur chantier.

Ce processus de qualification est aussi l’occasion de valider les compétences des soudeurs. En effet, lorsque le soudeur qui réalise l’assemblage de qualification satisfait aux exigences de la norme (absence de défauts, résultats d’essais conformes), il peut être qualifié pour le domaine de validité correspondant, selon la norme EN ISO 9606-1 pour les aciers. Ainsi, une seule campagne d’essais bien préparée permet de sécuriser à la fois la procédure et le personnel d’exécution.

Élaboration du dossier de qualification préliminaire pWPS

La première étape consiste à élaborer un descriptif de mode opératoire de soudage préliminaire, ou pWPS. Ce document, préparé par le coordinateur en soudage ou le bureau méthodes, définit les paramètres envisagés pour la qualification : procédé, préparation de joint, gamme d’épaisseurs, matériaux de base, métal d’apport, gaz de protection, positions de soudage, énergie linéique, préchauffage, etc. Vous pouvez le voir comme un “prototype de WPS” à valider.

Le pWPS doit être cohérent avec le cahier des charges du projet et les normes d’application (EN 1090-2 pour les structures acier, EN 13445 pour les appareils à pression sans feu, codes ASME, etc.). Il doit aussi intégrer les bonnes pratiques de soudabilité des matériaux concernés (sensibilité à la fissuration à froid, risque de fragilisation, comportement en ZAT). À ce stade, il est essentiel de consulter les fiches techniques des consommables et les recommandations des fournisseurs pour définir des paramètres réalistes et industriels.

Un pWPS bien construit réduit drastiquement le risque d’échec lors des essais de qualification. À l’inverse, un descriptif imprécis ou trop ambitieux peut conduire à des soudures difficiles à réaliser en production ou à des résultats d’essais insatisfaisants. C’est pourquoi beaucoup d’entreprises considèrent le pWPS comme un investissement stratégique, au même titre qu’une étude de faisabilité.

Réalisation des assemblages témoins selon les configurations normalisées

Une fois le pWPS validé sur le papier, l’assemblage de qualification est réalisé selon les formes et dimensions normalisées prévues par l’ISO 15614-1. Le soudeur (ou l’opérateur de soudage automatique) doit exécuter le joint en suivant rigoureusement les paramètres du pWPS. Toute dérive significative (intensité, vitesse, nombre de passes, température entre passes) peut remettre en cause la représentativité de la qualification.

Selon la nature de la fabrication future, on choisira un assemblage bout à bout sur tôle, bout à bout sur tube, un assemblage en T, ou un piquage de section tubulaire. Chacun de ces assemblages couvre un domaine de validité spécifique, notamment en termes de type de joint et de configuration géométrique. Par exemple, un joint bout à bout à pleine pénétration qualifie aussi les soudures à pénétration partielle et certaines soudures d’angle, alors qu’une qualification uniquement sur cordons d’angle reste plus limitée.

Pendant la réalisation de l’assemblage, il est recommandé de consigner les paramètres réels (log de soudage, enregistrement des intensités et tensions, mesures de préchauffage) afin de pouvoir justifier la conformité vis-à-vis du pWPS. Cette traçabilité est particulièrement appréciée par les organismes de contrôle et les clients exigeants, notamment dans les secteurs de l’énergie, du nucléaire ou de l’offshore.

Documentation technique du rapport de qualification WPQR

Après les contrôles non destructifs et les essais destructifs, l’ensemble des résultats est regroupé dans un WPQR ou PV-QMOS. Ce rapport décrit en détail l’assemblage réalisé (géométrie, épaisseur, matériaux, préparations), les paramètres de soudage appliqués (par passe si nécessaire), les procédés utilisés, les consommables, et les éventuels traitements thermiques. Il recense également l’ensemble des résultats d’essais avec les niveaux d’acceptation atteints.

Le WPQR précise surtout le domaine de validité de la qualification : plage d’épaisseurs qualifiées, diamètres de tubes, groupes de matériaux, types de joints, positions de soudage, sens de soudage (montée, descendante), nombre de passes, avec ou sans support envers, etc. Ce domaine de validité, défini au chapitre 8 de l’ISO 15614-1, détermine jusqu’où l’entreprise peut aller en production sans devoir refaire une nouvelle qualification.

Ce rapport de qualification doit être signé par l’organisme ou la personne compétente (parfois un organisme tiers accrédité), puis archivé et mis à disposition des clients ou des organismes de certification lors d’audits. Dans de nombreux projets soumis à marquage CE ou à des codes de construction internationaux, la fourniture des WPQR fait partie intégrante du dossier de qualité contractuel.

Validation finale et émission du mode opératoire qualifié WPS

Sur la base du WPQR, l’entreprise rédige le WPS définitif, c’est-à-dire le mode opératoire qualifié à utiliser en production. Ce document opérationnel est plus synthétique que le WPQR et vise à être facilement exploitable par les soudeurs. Il indique de façon claire les réglages à appliquer (intensité, tension, vitesse fil, débit gaz), la préparation du joint, le nombre de passes, les séquences, les températures de préchauffage et entre passes, ainsi que les instructions particulières (nettoyage, passes de finition, contrôle visuel).

La validation finale consiste à s’assurer que le WPS reste strictement dans le domaine de validité défini par le WPQR. Par exemple, si la qualification couvre des épaisseurs de 10 à 20 mm, le WPS ne pourra pas être utilisé pour des tôles de 30 mm sans nouvelle qualification. De même, un changement de groupe de matériaux ou de type de gaz de protection hors domaine de validité impose une qualification complémentaire.

Une fois approuvé, le WPS devient la référence de fabrication pour l’atelier ou le chantier. Il peut être décliné en plusieurs fiches de soudage selon les configurations d’assemblage, puis intégré au cahier de soudage de l’entreprise. En parallèle, les soudeurs qui ont participé à la qualification peuvent être certifiés pour le domaine correspondant, ce qui garantit une parfaite cohérence entre la procédure et les compétences mises en œuvre.

Domaines d’application et limites de validité des qualifications

La force de la norme ISO 15614-1 réside dans la notion de domaine de validité de la qualification. Autrement dit, une QMOS réalisée sur un assemblage donné permet de couvrir une famille plus large de situations, mais dans des limites précisément définies. Ces limites concernent entre autres l’épaisseur des matériaux, le diamètre des tubes, les groupes de matériaux, le type de joint, la position de soudage et certains détails procédés.

Par exemple, une qualification bout à bout sur tôle à pleine pénétration dans un groupe d’acier donné (selon ISO/TR 15608) peut également valider des soudures d’angle et des soudures à pénétration partielle pour ce même groupe. En revanche, un changement significatif de groupe de matériaux (passage d’un acier non allié à un acier à haute résistance ou à un inox austénitique) est considéré comme une variable essentielle, nécessitant une nouvelle QMOS. De même, le passage d’une épaisseur de référence faible à une très forte épaisseur n’est pas toujours couvert par la même qualification.

La norme précise également que certaines configurations particulières ne sont pas totalement couvertes par l’ISO 15614-1. C’est le cas, par exemple, d’assemblages très complexes ou de géométries spéciales (piquages à faible angle, fortes excentricités, combinaisons de fortes épaisseurs et de diamètres très réduits). Dans ces situations, il peut être nécessaire de recourir à l’ISO 15613, qui traite des assemblages soudés de pré-production, afin d’obtenir une qualification plus spécifique et représentative.

En pratique, comment exploiter ces domaines d’application sans se perdre dans les détails ? Une bonne approche consiste à cartographier les familles d’assemblages de l’entreprise (par type de joint, matière, épaisseur, position, procédé) et à les rattacher aux différentes QMOS existantes. On peut alors identifier les “trous de couverture” et décider des qualifications complémentaires à lancer. Cette gestion stratégique des domaines de validité permet de limiter le nombre d’essais coûteux tout en garantissant la conformité réglementaire et contractuelle.

Procédés de soudage couverts par la norme 15614-1

L’ISO 15614-1 couvre un large spectre de procédés de soudage à l’arc et aux gaz, ce qui en fait une référence transversale pour de nombreux secteurs industriels. Les procédés couverts incluent notamment le soudage manuel à l’arc avec électrode enrobée (111), le soudage à l’arc avec fil plein ou fourré sous protection gazeuse (135, 136, 138), le soudage TIG (141), le soudage sous flux en poudre (12) et le soudage oxyacétylénique (311). Chaque procédé présente des spécificités qui influencent les paramètres à qualifier et les essais à réaliser.

Pour chaque procédé, la norme impose que la qualification soit réalisée dans des conditions représentatives de la production : mode manuel, mécanisé ou automatique, type d’équipement, nature des consommables, gaz de protection, préparation des joints. Modifier profondément le mode de mise en œuvre (par exemple passer d’un soudage manuel à un soudage automatique robotisé sans qualification dédiée) n’est pas acceptable sans réévaluer la pertinence du WPQR existant.

Dans les sections suivantes, nous passons en revue les principaux procédés de soudage couverts par l’ISO 15614-1, en soulignant leurs domaines d’application typiques et les points de vigilance à prendre en compte lors de la qualification des modes opératoires.

Soudage à l’arc électrique MMA et électrode enrobée rutile-cellulosique

Le soudage manuel à l’arc avec électrode enrobée (procédé 111) reste l’un des procédés les plus utilisés au monde, notamment pour les travaux de chantier, de maintenance et pour les structures métalliques difficiles d’accès. Les électrodes enrobées rutile, basiques ou cellulosiques permettent de couvrir une large gamme d’applications, depuis les charpentes métalliques jusqu’aux réseaux de canalisations sous pression.

Dans le cadre de l’ISO 15614-1, la qualification d’un mode opératoire MMA doit prendre en compte le type d’enrobage, le diamètre de l’électrode, le type de courant et la polarité. Les électrodes cellulosiques, par exemple, exigent un contrôle rigoureux de l’énergie linéique et de la progression du bain de fusion, notamment pour les soudures montantes sur pipeline. Une QMOS réalisée avec une électrode rutile ne pourra pas être automatiquement transposée à une électrode basique ou cellulosique sans nouvelle qualification, car le comportement métallurgique et les propriétés mécaniques obtenues peuvent varier sensiblement.

Dans la pratique, les entreprises qui travaillent beaucoup en soudage à l’arc MMA établissent souvent plusieurs QMOS distinctes pour couvrir les enrobages les plus fréquents (rutile pour les travaux courants, basique pour les pièces à forte exigence mécanique, cellulosique pour les soudures montantes à grande pénétration). Chaque qualification doit démontrer la conformité aux exigences de traction, pliage et, le cas échéant, de résilience Charpy, afin de garantir que les soudures réalisées sur le terrain présentent la même robustesse que celles testées en laboratoire.

Procédés MIG-MAG et soudage sous protection gazeuse argon-CO2

Les procédés MIG-MAG (135, 136, 138) se sont imposés comme la solution de référence pour la fabrication en série et les structures métalliques de moyenne à forte épaisseur. Avec un fil continu, un taux de dépôt élevé et une automatisation possible, ils offrent une productivité supérieure au soudage MMA. Le choix du mélange gazeux (argon-CO2, argon-CO2-O2, mélanges riches en argon) et du type de fil (plein, fourré, métal-cored) joue un rôle déterminant sur la stabilité de l’arc et la qualité du joint.

Lors de la qualification selon l’ISO 15614-1, les variables essentielles comprennent non seulement le type de fil et le courant, mais aussi le mélange gazeux et le mode de transfert (court-circuit, pulvérisation, pulsé). Par exemple, une QMOS qualifiée en MAG avec mélange Ar-18 % CO2 et fil plein ne couvre pas forcément l’utilisation d’un fil fourré auto-protecteur ou d’un mélange gazeux très différent. Le comportement du bain de fusion, le profil de la soudure et la sensibilité aux défauts (projection, manque de pénétration, porosité) peuvent être significativement modifiés.

Pour l’utilisateur, la norme impose donc de bien cadrer le domaine de validité en fonction des applications réelles : épaisseurs (feuillards fins, tôles moyennes, fortes épaisseurs), positions (soudage à plat, en corniche, vertical), type d’assemblage (bout à bout, T, cordons d’angle). En production, la qualification MIG-MAG devient un atout, car elle permet d’optimiser les paramètres (tension, intensité, vitesse fil, vitesse de déplacement) tout en respectant les contraintes de qualité et de productivité demandées par le client.

Soudage TIG et applications sur aciers inoxydables austénitiques

Le soudage TIG (procédé 141) est particulièrement apprécié pour les applications exigeant une très haute qualité de soudure et un contrôle précis du bain de fusion, par exemple sur les aciers inoxydables austénitiques, les alliages de nickel ou les aciers fins. Bien que moins productif que les procédés à fil continu, il offre une excellente maîtrise de la pénétration, un apport thermique plus limité et un risque réduit de projections ou de défauts de surface.

Dans le cadre de la norme ISO 15614-1, la qualification d’un mode opératoire TIG doit prendre en compte la nature du métal d’apport, le type de gaz de protection (argon pur, mélanges argon-hélium, ajout d’hydrogène le cas échéant), le diamètre de l’électrode et la polarité. Pour les aciers inoxydables austénitiques, il est crucial de maîtriser l’énergie linéique et la vitesse de refroidissement afin de limiter la sensibilisation à la corrosion intergranulaire et de préserver une microstructure favorable avec une fraction de ferrite delta suffisante.

Les essais de qualification incluront souvent, en plus des tractions et pliages, des macroscopies détaillées et parfois des examens micrographiques pour vérifier l’absence de microfissures, particulièrement dans la ZAT. Pour certaines applications sensibles (industrie agroalimentaire, pharmaceutique, nucléaire), une attention particulière est portée à l’aspect interne des soudures (cordons racine sans sous-coupe ni excès de pénétration), ce qui peut se traduire par des critères d’acceptation plus stricts et des contrôles supplémentaires pendant la qualification.

Soudage sous flux en poudre SAW pour les fortes épaisseurs

Le soudage sous flux en poudre (procédé 12, SAW – Submerged Arc Welding) est la solution privilégiée pour les fortes épaisseurs et les longues soudures linéaires, par exemple sur les viroles de réservoirs, les poutres caissons, les tubes de grands diamètres ou les pièces de forte section. Grâce à un taux de dépôt très élevé et à une excellente protection du bain de fusion par le flux, il permet de réaliser des soudures de haute qualité avec un très bon rendement.

La qualification d’un mode opératoire SAW selon l’ISO 15614-1 doit prendre en compte la combinaison fil/flux, la polarité, l’intensité, la tension, la vitesse d’avance, ainsi que les éventuels procédés multipostes (tandem, multi-fils). Le comportement métallurgique et les propriétés mécaniques obtenues dépendent étroitement de cette combinaison fil/flux, si bien qu’un changement de flux ou de fil en dehors de la famille qualifiée peut nécessiter une nouvelle QMOS. Pour les aciers à haute résistance ou les aciers trempés et revenus, des essais supplémentaires (macro/micrographies, dureté, résilience) sont souvent requis.

En pratique, les modes opératoires SAW sont utilisés pour des épaisseurs importantes avec des préparations en V ou en X, parfois en soudage automatique avec suivi de joint. La qualification doit refléter ces conditions industrielles : nombre de passes, sens de soudage (vertical descendant interdit dans la plupart des cas), traitement thermique après soudage si exigé. Avec une QMOS SAW bien définie, les fabricants peuvent exploiter tout le potentiel de ce procédé pour les fortes épaisseurs, en garantissant des soudures homogènes, répétables et conformes aux critères de résistance et de ténacité imposés par les codes de construction.

Conformité réglementaire et certifications selon les codes de construction

Au-delà de la seule conformité à l’ISO 15614-1, la qualification des modes opératoires de soudage s’inscrit dans un cadre réglementaire plus large, guidé par les codes de construction et les directives applicables. Pour les structures métalliques en Europe, la norme EN 1090-2 impose l’utilisation de procédures de soudage qualifiées selon l’ISO 15614-1, en niveau 2 pour les classes d’exécution les plus élevées (EXC3 et EXC4). De même, pour les équipements sous pression, les directives PED (2014/68/UE) et les codes harmonisés exigent des WPQR conformes aux normes reconnues.

Dans de nombreux appels d’offres, les donneurs d’ordre exigent la fourniture des QMOS et des qualifications de soudeurs en complément des certificats matière, des plans et des rapports de contrôle. Ne pas disposer d’un portefeuille de qualifications à jour peut donc constituer un frein commercial majeur. À l’inverse, une maîtrise robuste de la qualification des modes opératoires de soudage selon l’ISO 15614-1 devient un véritable argument de crédibilité, notamment face à des exigences internationales (ASME, RCC-M, EN 13480, EN 13445, etc.).

Sur le plan de la certification, les organismes notifiés et les organismes de certification tierce partie (pour le marquage CE, les agréments ferroviaires, offshore ou nucléaires) vérifient la validité des WPQR, leur domaine d’application et la cohérence avec les WPS utilisés en production. Ils s’assurent également que les coordinateurs en soudage possèdent les compétences requises selon EN ISO 14731 et que les soudeurs sont qualifiés selon EN ISO 9606. L’ensemble forme une chaîne de conformité où la norme ISO 15614-1 joue un rôle central.

En définitive, comprendre et appliquer correctement l’ISO 15614-1 ne se limite pas à passer des essais de laboratoire. C’est une démarche globale de maîtrise du soudage, qui relie les exigences normatives, la qualification des procédés, la compétence des équipes et la confiance des clients. En structurant vos démarches de QMOS autour de cette norme, vous vous donnez les moyens d’atteindre un niveau de qualité durablement reproductible, conforme aux codes de construction et aux attentes du marché.