# ISO 128 : principes généraux de représentation en dessin technique
Le dessin technique constitue depuis des siècles le langage universel de l’ingénierie et de la construction. Dans un monde industriel de plus en plus globalisé, où les projets impliquent des équipes dispersées géographiquement et des chaînes de production internationales, l’uniformisation des conventions graphiques n’est plus un simple confort mais une nécessité absolue. La norme ISO 128 répond précisément à cet enjeu en établissant un cadre normatif complet pour la représentation graphique des objets techniques. Qu’il s’agisse de concevoir une pièce mécanique de précision, de planifier un ouvrage d’art ou de détailler un assemblage architectural complexe, ces principes garantissent que chaque trait, chaque symbole et chaque convention graphique transmettent une information claire et non ambiguë. Cette standardisation facilite non seulement les échanges entre professionnels, mais réduit également considérablement les risques d’erreurs d’interprétation qui peuvent coûter cher en termes de temps, de matériaux et de sécurité.
Contexte normatif et champ d’application de la norme ISO 128
La série ISO 128 s’inscrit dans un ensemble plus vaste de normes internationales régissant la documentation technique de produits (TPD). Depuis sa première édition en 1982, elle a connu plusieurs révisions majeures pour s’adapter aux évolutions technologiques, notamment l’avènement de la conception assistée par ordinateur. L’édition de 2020 marque une refonte significative qui harmonise les pratiques traditionnelles du dessin manuel avec les possibilités offertes par les outils numériques modernes. Cette norme s’applique à l’ensemble de la documentation spécifiant un produit, que vous travailliez sur une simple pièce, un sous-assemblage complexe ou un système complet. Elle transcende les frontières disciplinaires pour offrir un cadre cohérent applicable aussi bien en construction mécanique qu’en architecture, en génie civil ou en construction navale.
Structure de la série ISO 128 et articulation avec ISO 128-1
La norme ISO 128 se décompose en plusieurs parties complémentaires qui forment un système normatif cohérent. L’ISO 128-1:2020 constitue la pierre angulaire de cet édifice en établissant les règles générales d’exécution des dessins techniques, qu’ils soient en 2D ou en 3D. Elle définit également la structure d’ensemble et fournit un index permettant de naviguer efficacement entre les différentes parties. L’ISO 128-2 se concentre spécifiquement sur les conventions de base pour les traits, établissant leurs types, désignations, configurations et règles de tracé. Cette partie inclut également des spécifications détaillées pour les lignes repères, les traits de référence et la disposition des instructions sur ces éléments. L’ISO 128-3, quant à elle, traite des principes généraux de représentation des vues, sections et coupes selon les méthodes de projection orthogonale définies dans l’ISO 5456-2.
Cette structuration modulaire permet à chaque utilisateur d’accéder rapidement aux informations pertinentes pour son domaine d’activité spécifique. Les annexes prévoient des informations particulières adaptées aux dessins industriels, aux dessins de construction et aux dessins de construction navale, reconnaissant ainsi les spécificités de chaque secteur tout en maintenant une cohérence globale. Le nombre de pages relativement limité de chaque partie (entre 10 et 16 pages) facilite leur consultation rapide sur le terrain ou en bureau d’études.
Relation avec les normes ISO 5457 et ISO 7200 pour la présentation des dessins
L’ISO 128 ne f
p>ait pas double emploi avec les normes dédiées à la présentation matérielle des plans. Elle s’articule étroitement avec l’ISO 5457, qui définit les formats de feuilles, les marges et le repérage, et avec l’ISO 7200, qui spécifie les cartouches et champs d’identification des dessins. Concrètement, l’ISO 128 vous indique comment représenter les objets (types de traits, vues, sections), tandis que l’ISO 5457 et l’ISO 7200 précisent où et dans quel cadre ces informations doivent apparaître sur le support de dessin.
Cette complémentarité est essentielle pour garantir une présentation homogène des dessins techniques, qu’ils soient imprimés ou visualisés à l’écran. En respectant simultanément ces normes, vous assurez la cohérence entre le contenu graphique (géométrie, annotations, symboles) et l’enveloppe documentaire (format, cartouche, zones de révision). Pour un bureau d’études, cela se traduit par des plans immédiatement lisibles, facilement archivables et exploitables dans des processus qualité ou des systèmes de gestion électronique de documents.
Dans un contexte de travail collaboratif international, l’alignement sur l’ISO 5457 et l’ISO 7200 en complément de l’ISO 128 permet aussi d’éviter des malentendus sur des éléments apparemment secondaires, comme l’orientation de la feuille, la position des cartouches ou la manière d’indiquer les révisions. Ce sont pourtant ces détails de présentation qui font souvent la différence entre un dessin « compris au premier coup d’œil » et un document source de confusion.
Compatibilité avec les standards ASME Y14.5 et différences méthodologiques
Dans de nombreuses entreprises, la question se pose : comment articuler la norme ISO 128 avec les standards américains de la série ASME Y14, et en particulier l’ASME Y14.5 pour la cotation géométrique (GD&T) ? Il est important de distinguer les niveaux : l’ISO 128 traite des principes généraux de représentation (vues, traits, dispositions graphiques), tandis que l’ASME Y14.5 se concentre sur les tolérances dimensionnelles et géométriques. Sur le plan des vues et des présentations, la plupart des concepts sont compatibles, mais certaines différences méthodologiques peuvent impacter vos habitudes de dessin.
La divergence la plus visible concerne les méthodes de projection préférentielles : l’ISO 128, via l’ISO 5456-2, autorise la méthode du premier dièdre et du troisième dièdre, alors que les standards ASME privilégient historiquement la méthode du troisième dièdre. Les symboles de repérage des vues et les conventions de représentation de certains détails (sections, hachures, lignes de coupure) peuvent également varier légèrement. C’est un peu comme changer de langue tout en parlant du même sujet : le vocabulaire reste proche, mais la grammaire n’est pas toujours identique.
Pour les organisations travaillant avec des partenaires nord-américains, la bonne pratique consiste souvent à adopter l’ISO 128 comme référentiel interne pour les règles générales de dessin, tout en appliquant l’ASME Y14.5 (ou son équivalent ISO, la série ISO 1101) pour la tolérance géométrique. Vous pouvez par exemple utiliser la méthode du troisième dièdre, conforme aux habitudes ASME, tout en conservant la typologie de traits, la hiérarchie graphique et les conventions de sections de l’ISO 128. L’essentiel est de documenter clairement dans vos standards internes quelles règles s’appliquent, pour éviter les zones grises.
Domaines industriels concernés : mécanique, architecture et génie civil
L’un des points forts de la norme ISO 128 est son ambition transversale : elle ne s’adresse pas uniquement aux dessinateurs-projeteurs en mécanique, mais à l’ensemble des acteurs produisant des dessins techniques. En construction mécanique, elle encadre la représentation des pièces usinées, des assemblages, des mécanismes et des systèmes complexes, en garantissant la lisibilité des arêtes, des perçages, des alésages et des zones fonctionnelles. Pour vous, cela signifie que les mêmes conventions graphiques s’appliquent à un simple axe tourné et à une machine spéciale complète.
En architecture et en génie civil, l’ISO 128 s’adapte aux besoins spécifiques des plans d’exécution, des coupes de bâtiments, des profils en long ou en travers, tout en restant compatible avec les conventions propres à ces disciplines (symboles de matériaux, trames, indications de niveaux). Les annexes de certaines parties de la série ISO 128 proposent d’ailleurs des compléments adaptés aux dessins de construction et de construction navale, reflet des pratiques établies dans ces secteurs. Là encore, l’objectif est de parler un « dialecte » commun tout en respectant les particularités de chaque métier.
Dans la pratique, cette transversalité est précieuse pour les projets pluridisciplinaires, comme un ouvrage d’art intégrant des composants métalliques complexes, des éléments en béton armé et des équipements électromécaniques. En utilisant les principes de représentation de l’ISO 128, vous facilitez les échanges entre ingénieurs structure, architectes, mécaniciens et électriciens, ce qui réduit les risques d’incompatibilité ou d’erreur lors de l’exécution.
Règles fondamentales de projection orthogonale selon ISO 128
La projection orthogonale constitue le cœur du dessin technique : elle permet de représenter un objet 3D sur un support 2D de manière non ambiguë. L’ISO 128, en liaison étroite avec l’ISO 5456-2, formalise les règles de base pour générer des vues cohérentes, qu’il s’agisse de vues principales, de sections ou de coupes. Si les logiciels de CAO réalisent automatiquement ces projections, connaître les principes sous-jacents reste indispensable pour vérifier la pertinence des vues générées et éviter les incompréhensions en production.
Méthode du premier dièdre versus méthode du troisième dièdre
Les deux grandes méthodes de projection orthogonale reconnues par l’ISO 128 sont la méthode du premier dièdre (projection européenne) et celle du troisième dièdre (projection américaine). La différence tient à la position relative de l’objet, du plan de projection et de l’observateur : dans le premier dièdre, l’objet est situé entre l’observateur et le plan de projection, tandis que dans le troisième dièdre, le plan de projection se trouve entre l’observateur et l’objet. Résultat : la disposition des vues sur le dessin s’en trouve inversée.
Concrètement, en premier dièdre, la vue de droite est placée à gauche de la vue de face, et la vue supérieure en dessous, ce qui peut sembler contre-intuitif si vous avez été formé en méthode américaine. En troisième dièdre, c’est l’inverse : la vue de droite est à droite et la vue de dessus au-dessus de la vue de face, ce qui correspond souvent à l’intuition spatiale. Pour éviter toute ambiguïté, l’ISO 128 impose de symboliser explicitement la méthode de projection utilisée au moyen d’un pictogramme normalisé, généralement placé dans le cartouche ou à proximité de la légende.
Dans un contexte international, la méthode du troisième dièdre tend à se généraliser, notamment parce qu’elle est alignée sur les pratiques ASME et largement adoptée dans les logiciels de CAO. Toutefois, de nombreux secteurs en Europe continuent d’utiliser le premier dièdre, en particulier en construction mécanique traditionnelle. La bonne pratique consiste donc à choisir une méthode de projection à l’échelle de l’entreprise ou du projet et à s’y tenir, afin de ne pas mélanger les conventions, ce qui serait source de confusion.
Disposition normalisée des vues et symboles d’identification des projections
Au-delà du choix du dièdre, l’ISO 128 précise la disposition normalisée des vues pour garantir une lecture intuitive des plans. La vue de face (ou vue principale) est choisie pour offrir la meilleure compréhension possible de la géométrie et des fonctions de la pièce. Les autres vues (dessus, dessous, gauche, droite, arrière) s’organisent autour de cette vue principale selon des positions normalisées dépendant de la méthode de projection. Cette organisation régulière peut être vue comme la « grammaire » du dessin : elle permet de décoder rapidement le sens de chaque vue.
Pour clarifier encore davantage les correspondances, la norme autorise l’utilisation de symboles d’identification des vues, sous forme de lettres (A, B, C…) associées à des flèches de direction, en particulier lorsque certaines vues sont déportées ou détachées de leur position théorique. Vous pouvez par exemple désigner une vue auxiliaire par le symbole « Vue A » accompagné d’une flèche indiquant la direction de l’observation sur la vue de départ. Cette approche devient incontournable dès que la pièce présente une géométrie complexe ou que l’espace sur la feuille est limité.
En pratique, une bonne organisation des vues selon l’ISO 128 contribue à réduire la densité d’informations sur chaque vue individuelle. Plutôt que de surcharger une vue de face de détails difficiles à lire, il est souvent préférable de créer des vues partielles, auxiliaires ou des sections dédiées, clairement identifiées et bien positionnées. Le lecteur du plan, qu’il s’agisse d’un usineur, d’un chaudronnier ou d’un chef de chantier, pourra ainsi naviguer plus facilement entre les différentes représentations.
Correspondance des vues et flèches de direction d’observation
La correspondance entre les vues repose sur un principe simple : chaque vue doit pouvoir être reliée à une direction d’observation bien définie à partir de l’objet. L’ISO 128 formalise cette relation en imposant l’utilisation de flèches de direction d’observation, notamment pour les vues auxiliaires, les sections et les coupes particulières. Ces flèches, accompagnées d’une lettre ou d’un symbole, indiquent précisément depuis quel angle l’objet est observé.
Par exemple, pour une coupe A-A, vous dessinerez une ligne de coupe sur la vue de départ, terminée par deux flèches opposées indiquant le sens d’observation, et vous annoterez la vue de section obtenue par « A-A ». Cette logique, qui peut sembler scolaire, est en réalité essentielle pour éviter les malentendus, surtout lorsque plusieurs coupes et sections coexistent sur un même dessin technique. Imaginez un plan de bâti de machine présentant quatre sections différentes : sans un repérage rigoureux, la confusion est quasi inévitable.
En adoptant systématiquement ces flèches de direction d’observation et en respectant les conventions de lettrage définies par l’ISO 128, vous créez une sorte de « carte routière » à l’intérieur de votre plan. Le lecteur peut suivre les flèches, passer d’une vue à l’autre et reconstruire mentalement le volume de la pièce ou de l’ouvrage, de la même manière que l’on suit un itinéraire sur un plan de métro pour comprendre un réseau complexe.
Traitement des vues auxiliaires et sections partielles
Les vues auxiliaires et sections partielles jouent un rôle crucial lorsque la géométrie de l’objet ne peut pas être correctement représentée par les seules vues principales. L’ISO 128 donne des règles précises pour leur création et leur identification. Une vue auxiliaire est généralement utilisée pour représenter une face inclinée ou oblique qu’une vue orthogonale déformerait. Elle est projetée selon une direction particulière et peut être disposée à proximité de la vue de départ ou dans une zone libre de la feuille, à condition d’être clairement repérée.
Les sections partielles, quant à elles, permettent de ne couper qu’une portion de la pièce pour mettre en évidence un détail interne sans dessiner une coupe complète. Elles sont souvent représentées par une rupture ondulée ou en zigzag, et hachurées uniquement sur la zone concernée. Cette approche évite de surcharger le dessin tout en fournissant l’information essentielle, par exemple la forme d’un logement interne, d’une rainure ou d’un renfort. C’est un peu comme zoomer sur une zone précise d’une photographie sans perdre le contexte global.
En respectant les conventions de l’ISO 128 pour les vues auxiliaires et sections partielles (symboles, lettrage, types de traits pour les lignes de coupe, hachures), vous garantissez que ces représentations complémentaires seront comprises de la même manière par tous les intervenants. Dans un environnement multi-CAO, où les mêmes modèles sont réutilisés pour le calcul, la fabrication et le contrôle, cette clarté graphique évite de nombreuses interprétations hasardeuses.
Types de traits normalisés et hiérarchie graphique
Si la projection définit la façon d’organiser les vues, ce sont les types de traits qui apportent la hiérarchie graphique indispensable à la lecture d’un dessin technique. L’œil humain perçoit d’abord les traits les plus forts, puis les traits fins, puis les traits interrompus ; l’ISO 128 structure cette hiérarchie pour que cette perception naturelle joue en faveur de la compréhension du plan. En d’autres termes, chaque type de trait a un rôle précis et ne doit pas être utilisé au hasard.
Traits continus forts pour les arêtes et contours visibles
Les traits continus forts, parfois appelés « traits pleins épais », sont réservés à la représentation des arêtes et contours visibles. Ils constituent la couche graphique dominante du dessin. Dans un plan mécanique, ce seront par exemple les limites extérieures de la pièce, les arêtes de perçage visibles, les bords d’épaulement ou les surfaces d’appui. En architecture, ils délimitent les murs porteurs, les ouvertures visibles ou les contours des éléments de structure.
L’ISO 128 spécifie des épaisseurs nominales pour ces traits en fonction du format de la feuille et de l’échelle de représentation, de manière à maintenir une bonne lisibilité après reproduction ou impression. Utiliser des traits continus forts pour représenter autre chose que des contours visibles (par exemple des axes ou des arêtes cachées) perturberait la hiérarchie graphique et rendrait le dessin confus. C’est un peu comme si un texte mélangeait titres, sous-titres et corps de texte avec la même typographie : on perd immédiatement le sens des priorités.
Traits interrompus fins pour les arêtes cachées selon ISO 128-24
Les traits interrompus fins sont généralement utilisés pour représenter les arêtes et contours cachés, c’est-à-dire les éléments non visibles à partir de la direction d’observation choisie. L’ISO 128-24 précise les configurations de ces traits (longueur des tirets, espacements, raccords) afin d’assurer une apparence homogène quel que soit le logiciel ou le support utilisé. Vous les rencontrerez fréquemment pour indiquer des perçages borgnes, des rainures internes ou des bords situés derrière un élément de structure.
Il est tentant, surtout en CAO, de masquer complètement les arêtes cachées pour simplifier les vues. Toutefois, dans de nombreux cas, ces informations restent indispensables pour la fabrication ou le contrôle. La norme préconise donc un usage raisonné des traits interrompus : ne montrer que ce qui est nécessaire à la compréhension et à l’usinage, sans transformer le plan en « forêt de pointillés ». Là encore, la cohérence graphique est déterminante : un trait interrompu doit immédiatement être interprété comme un élément caché, sans ambiguïté.
Traits mixtes fins pour les axes de symétrie et tracés de référence
Les traits mixtes fins (alternance de segments longs et courts) sont réservés aux axes de symétrie, lignes de centre, trajectoires et autres tracés de référence. Ils servent notamment à matérialiser l’axe d’un arbre, le centre d’un trou, l’axe de symétrie d’une pièce ou encore la trajectoire de mouvement d’un composant. L’ISO 128 précise leur configuration pour qu’ils se distinguent nettement des traits interrompus cachés, tout en restant moins dominants que les contours visibles.
Dans un dessin mécanique, vous utiliserez systématiquement ces traits mixtes pour positionner les cotes de diamètre ou de rayon, ou pour indiquer les axes de perçage dans les sections. En architecture, ils peuvent représenter des axes de trame, des axes de poteaux ou des alignements de percements. Ne pas respecter cette convention, par exemple en dessinant un axe avec un trait continu fin, rend plus difficile l’identification des repères fonctionnels et augmente le risque de mal positionner une cote critique.
Épaisseurs normalisées et rapports d’échelle graphique
L’ISO 128 ne se contente pas de définir les types de traits ; elle impose également des rapports d’épaisseurs entre traits forts et traits fins afin de créer une hiérarchie lisible. Typiquement, l’épaisseur du trait fort est un multiple de celle du trait fin (par exemple 0,7 mm pour les contours visibles et 0,35 mm pour les détails secondaires). Ces rapports doivent rester cohérents quel que soit le format de la feuille ou l’échelle choisie, afin que le dessin reste exploitable après réduction ou agrandissement.
Le lien avec l’échelle graphique est direct : plus l’échelle est petite (par exemple 1:100), plus l’épaisseur des traits doit être maîtrisée pour éviter que les détails ne se « bouchent » à l’impression. À l’inverse, une échelle de détail (par exemple 5:1) impose parfois de diminuer légèrement les épaisseurs pour ne pas surcharger visuellement les petites zones. En CAO, il est recommandé de travailler avec des styles de lignes normalisés, associés à des épaisseurs physiques, plutôt que de dessiner tous les éléments avec un trait uniforme.
Conventions de représentation simplifiée et symboles graphiques
Dans la réalité industrielle, représenter chaque détail géométrique au plus près de la réalité serait non seulement fastidieux, mais aussi contre-productif. C’est pourquoi l’ISO 128 autorise et encadre un ensemble de conventions de représentation simplifiée et de symboles graphiques. Ces simplifications permettent de concentrer l’attention sur les aspects fonctionnels du produit, tout en réduisant le temps de réalisation des dessins et le risque de surcharge visuelle.
Par exemple, certains éléments répétitifs comme les filets de vis, les dentures, les barrières, les rangées de boulons ou les séries de fenêtres peuvent être représentés par des symboles ou des motifs simplifiés plutôt que dessinés intégralement. La clé est de rester cohérent et de préciser, si nécessaire, dans une légende ou une note générale, que ces représentations sont symboliques. De même, des parties de pièces très longues ou régulièrement répétitives peuvent être « cassées » par des ruptures conventionnelles, ce qui permet de réduire l’encombrement du dessin tout en conservant les informations dimensionnelles essentielles.
Les symboles graphiques jouent également un rôle déterminant pour indiquer des informations non purement géométriques : sens de pose, référence de surface, indication de soudure (norme associée), matériaux, revêtements, etc. Dans un environnement multi-métier, ces symboles constituent un langage partagé compréhensible au-delà des barrières linguistiques. Vous pouvez ainsi, en un coup d’œil, savoir qu’une surface est usinée, qu’une soudure est à réaliser ou qu’un élément est démontable, sans avoir à parcourir de longues notes textuelles.
Échelles normalisées et cotation dimensionnelle conforme ISO 129-1
L’échelle de dessin et la cotation dimensionnelle sont intimement liées à la lisibilité et à l’exploitabilité d’un plan. L’ISO 128 renvoie aux échelles normalisées (par exemple 1:1, 1:2, 2:1, 1:10, 1:50, etc.) et s’articule avec l’ISO 129-1, qui définit les règles de cotation dimensionnelle. L’objectif est que, quelle que soit l’échelle choisie, les cotes restent claires, lisibles et non ambiguës, y compris après reproduction ou réduction du document.
L’ISO 129-1 précise notamment la manière de positionner les lignes de cote, les flèches, les chiffres, les tolérances et les unités, ainsi que les règles de cotation fonctionnelle (cotation en chaîne, en parallèle, par coordonnées, etc.). En combinant ces prescriptions avec les principes de représentation de l’ISO 128, vous obtenez des dessins techniques qui ne se contentent pas de « montrer » un objet, mais qui décrivent précisément comment le fabriquer et le contrôler. La dimension devient ainsi le lien contractuel entre le bureau d’études et l’atelier de production.
Le choix de l’échelle joue aussi un rôle pratique : une pièce de quelques millimètres sera avantageusement représentée en agrandi (2:1, 5:1, voire plus), tandis qu’un bâtiment ou un pont nécessitera des échelles de réduction (1:50, 1:100, 1:500). L’important est de trouver le compromis entre le niveau de détail souhaité et la taille physique de la feuille ou du fichier PDF. En CAO, il est fréquent de modéliser en échelle 1:1 et d’appliquer l’échelle uniquement au niveau de la mise en plan, ce qui renforce encore l’importance de bien maîtriser ces notions.
Application pratique sur logiciels CAO : AutoCAD, CATIA V5 et SolidWorks
À l’ère du numérique, la mise en œuvre de l’ISO 128 passe largement par les logiciels de CAO comme AutoCAD, CATIA V5 ou SolidWorks. Ces outils intègrent par défaut des styles de lignes, des jeux de calques, des gabarits de plans et des bibliothèques de symboles qui peuvent (et doivent) être configurés pour respecter les prescriptions de la norme. La question n’est plus seulement « comment dessiner correctement ? », mais « comment paramétrer ma CAO pour qu’elle produise par défaut des dessins conformes à l’ISO 128 ? ».
Dans AutoCAD, cela se traduit par la création de styles de tracé, de types de lignes normalisés et de gabarits de mise en page conformes aux formats ISO 5457 et aux règles de traits de l’ISO 128. CATIA V5 et SolidWorks, orientés produit, proposent des environnements de mise en plan où vous pouvez définir des standards de dessin (Drawing Standards) alignés sur l’ISO : épaisseurs de traits, styles de hachures, symboles de projection, mises en page, etc. Une fois ces standards configurés, chaque nouveau plan bénéficie automatiquement d’une base conforme, ce qui réduit fortement le risque d’erreur humaine.
En pratique, la mise en place d’une charte CAO conforme à l’ISO 128 passe par quelques étapes clés : analyse des exigences normatives applicables à votre activité, définition d’un gabarit de plan type, paramétrage des styles de traits et de textes, création de bibliothèques de symboles, formation des utilisateurs aux bonnes pratiques. Cela peut sembler lourd au départ, mais les gains en productivité et en qualité documentaire sont considérables. Dans un contexte où les mêmes modèles 3D alimentent la fabrication additive, l’usinage CNC et le contrôle métrologique, disposer de dessins techniques normalisés reste un atout décisif pour fiabiliser toute la chaîne de valeur.