# NF EN ISO 5817 : comprendre les niveaux de qualité des soudures
Dans le secteur industriel, la qualité des assemblages soudés représente un enjeu majeur de sécurité et de performance. Chaque année, des milliers de structures métalliques sont mises en service dans des environnements exigeants, des plateformes offshore aux équipements sous pression, en passant par les ponts et les charpentes métalliques. La norme NF EN ISO 5817 constitue aujourd’hui la référence incontournable pour évaluer et classifier les défauts de soudage selon des critères objectifs et mesurables. Adoptée par l’ensemble des pays européens et reconnue internationalement, cette norme permet aux fabricants, aux contrôleurs qualité et aux donneurs d’ordre de partager un langage commun concernant l’acceptabilité des imperfections dans les soudures par fusion. Comprendre ses principes et son application devient indispensable pour tout professionnel impliqué dans la conception, la fabrication ou le contrôle d’assemblages soudés.
## Présentation de la norme NF EN ISO 5817 et son champ d’application
La norme NF EN ISO 5817, publiée dans sa version 2014 puis révisée en 2023, établit un système complet de classification des défauts de soudage en définissant trois niveaux de qualité distincts. Ce document normatif s’applique exclusivement aux assemblages réalisés par soudage par fusion, à l’exception des procédés par faisceau d’électrons ou laser qui sont couverts par la norme ISO 13919. Les matériaux concernés incluent tous les types d’aciers (alliés et non alliés), le nickel et ses alliages, ainsi que le titane et ses alliages, pour des épaisseurs minimales de 0,5 mm.
Le champ d’application de cette norme couvre une large gamme de configurations de soudage. Elle s’applique aux soudures bout à bout à pleine pénétration, aux soudures d’angle de toutes dimensions, ainsi qu’aux piquages et autres types d’assemblages. Les procédés de soudage visés comprennent notamment le soudage à l’arc avec électrode enrobée (procédé 111), le soudage sous flux en poudre (procédé 12), le soudage MIG/MAG (procédé 13), le soudage TIG (procédé 14), le soudage plasma (procédé 15) et même le soudage oxygaz pour l’acier uniquement (procédé 31). Cette exhaustivité permet d’harmoniser les exigences qualité indépendamment du procédé utilisé.
Un aspect fondamental de la norme ISO 5817 réside dans son approche pragmatique de la qualité. Plutôt que d’imposer la perfection absolue, elle reconnaît que certains défauts peuvent être tolérés selon leur dimension, leur nature et leur localisation, sans compromettre l’intégrité structurelle de l’assemblage. Cette philosophie reflète une réalité industrielle : un défaut détecté pendant le contrôle qualité ne signifie pas automatiquement que la soudure soit inacceptable. Le choix du niveau de qualité approprié doit tenir compte de multiples facteurs incluant le type de sollicitation mécanique (statique, dynamique, cyclique), les conditions d’exploitation (température, corrosion, pression), ainsi que les conséquences potentielles d’une défaillance.
Les positions de soudage (à plat, en corniche, verticale, au plafond) sont toutes prises en compte par la norme, qu’il s’agisse de soudage manuel, mécanisé ou entièrement automatisé. Cette polyvalence fait de l’ISO 5817 un outil universel applicable dans tous les secteurs industriels, du bâtiment aux industries de process, en
particulier dans les secteurs soumis à une forte réglementation (nucléaire, ferroviaire, offshore, aéronautique, etc.). En pratique, la norme ISO 5817 s’articule avec d’autres référentiels comme l’EN ISO 3834 pour l’assurance qualité en soudage, l’ISO 9606 pour la qualification des soudeurs ou encore l’ISO 15614 pour la qualification des modes opératoires (QMOS). L’ensemble constitue un cadre cohérent qui permet de maîtriser à la fois le procédé de soudage, la compétence du personnel et la conformité des soudures réalisées.
Les trois niveaux de qualité définis par la norme ISO 5817
La particularité de la norme NF EN ISO 5817 est de proposer trois niveaux de qualité – B, C et D – et non pas une exigence unique. Cette gradation permet d’adapter les critères d’acceptation des défauts de soudure au contexte réel d’utilisation de la pièce soudée. En d’autres termes, on n’appliquera pas les mêmes exigences à un garde-corps de bâtiment qu’à un collecteur haute pression d’une centrale chimique. Chaque niveau de qualité correspond à des limites dimensionnelles différentes pour les imperfections telles que porosités, manques de fusion, sous‑coupe ou surépaisseur.
Pour un coordonnateur soudage, un responsable qualité ou un bureau d’études, bien choisir le niveau de qualité ISO 5817 dès la phase de conception est essentiel. Ce choix influence directement la préparation des joints, le choix des procédés de soudage, la qualification des soudeurs et le plan de contrôle à mettre en place. Il a aussi un impact économique très concret : plus le niveau de qualité est élevé, plus le coût de fabrication et de contrôle des soudures augmente.
Niveau D : exigences modérées pour les assemblages à contraintes limitées
Le niveau de qualité D correspond au niveau le plus « tolérant » de la norme NF EN ISO 5817. Il est généralement réservé aux structures ou pièces soumises à des sollicitations faibles ou non critiques, où une rupture de soudure n’entraînerait pas de conséquences majeures sur la sécurité des personnes ou l’environnement. Dans ce niveau, les dimensions admissibles des défauts de soudage (par exemple la longueur maximale d’un manque de fusion ou le diamètre des porosités) sont plus élevées que pour les niveaux C et B.
On rencontre le niveau D dans des applications telles que certaines structures de serrurerie, des châssis non porteurs, des équipements d’accès (échelles, passerelles intérieures non critiques) ou encore des outillages de production interne. Cela ne veut pas dire que les soudures peuvent être « mal faites », mais simplement que de petites imperfections sont tolérées à condition qu’elles restent dans les limites définies par la norme. Pour des pièces produites en grande série à faible criticité, ce niveau permet de maîtriser les coûts de soudage et de contrôle sans compromettre la fonctionnalité.
Niveau C : qualité intermédiaire pour les structures industrielles courantes
Le niveau de qualité C est de loin le plus utilisé dans l’industrie. Il représente un compromis équilibré entre exigences techniques et réalisme économique. Les tolérances sur les défauts de soudage sont plus sévères que pour le niveau D, mais restent accessibles avec un procédé maîtrisé, des paramètres correctement définis et des soudeurs qualifiés. Pour beaucoup d’applications industrielles standard, le « niveau C ISO 5817 » est devenu la référence par défaut.
On le retrouve notamment dans les charpentes métalliques, les constructions de machines, de nombreux équipements sous pression de catégorie modérée, ou encore dans l’industrie automobile pour certains organes de structure. Si vous ne savez pas encore quel niveau spécifier dans un cahier des charges soudage, partir sur le niveau C comme hypothèse de base est souvent pertinent, puis affiner selon les risques et les contraintes du projet. Les bureaux de contrôle et organismes notifiés considèrent généralement le niveau C comme le socle minimal pour les assemblages soumis à des charges significatives.
Niveau B : critères stricts pour les applications critiques et haute performance
Le niveau de qualité B correspond au plus haut niveau d’exigence de la NF EN ISO 5817. Les limites admissibles de défauts sont particulièrement sévères, ce qui implique une préparation minutieuse des joints, une maîtrise fine des paramètres de soudage et un personnel hautement qualifié. Cette classe de qualité est généralement choisie pour les soudures soumises à des contraintes élevées, à des charges de fatigue importantes ou situées dans des zones où l’accessibilité pour une éventuelle réparation serait très limitée.
On rencontre le niveau B dans les secteurs critiques : équipements sous pression à haute pression ou haute température, pièces de structures offshore, soudures de structures de levage majeures, composants de centrales électriques, voire certains assemblages dans le nucléaire ou l’aéronautique (quand ils relèvent de l’ISO 5817). Exiger le niveau B sans justification technique solide peut entraîner une hausse importante des coûts de fabrication, un taux de rebut accru et des délais allongés. Il est donc essentiel d’évaluer si cette exigence est réellement nécessaire au regard des risques de service.
Critères de sélection du niveau de qualité selon le cahier des charges
Comment choisir le niveau B, C ou D dans le cadre d’un cahier des charges soudage ? La norme ISO 5817 elle‑même recommande de tenir compte de plusieurs paramètres clés : type de sollicitation (statique, dynamique, fatigue), conditions de service (corrosives ou non, haute température, pression), conséquences d’une défaillance et possibilités d’inspection en service. C’est un peu comme choisir une marge de sécurité pour une structure : plus le risque est élevé, plus on se dirige vers un niveau de qualité strict.
Dans la pratique, ce choix doit être réalisé en concertation entre le bureau d’études, le responsable soudage et, lorsque c’est applicable, l’organisme de contrôle ou le client final. On peut par exemple :
- Privilégier le niveau B pour les soudures soumises à fatigue dans des zones non accessibles après montage.
- Spécifier le niveau C pour la majorité des soudures de structure porteuse courante.
- Réserver le niveau D aux assemblages secondaires à faible enjeu de sécurité.
Il est également important d’harmoniser le niveau de qualité ISO 5817 avec les classes d’exécution d’autres normes sectorielles (comme EN 1090 pour les charpentes métalliques) ou avec les catégories de la directive équipements sous pression. Une approche cohérente évite les exigences contradictoires et facilite la démonstration de conformité vis‑à‑vis des autorités ou des clients.
Classification des défauts de soudage selon la norme ISO 5817
Pour évaluer la qualité d’une soudure, la NF EN ISO 5817 s’appuie sur une classification détaillée des « imperfections de soudage » (ou défauts de soudage) combinée à des tolérances dimensionnelles par niveau de qualité. La norme ne se limite pas à dire qu’un défaut est « présent » ou « absent » : elle décrit sa forme, sa localisation, puis fixe les limites de longueur, de hauteur ou de surface selon que l’on vise le niveau B, C ou D. C’est ce qui permet aux contrôleurs visuels, radiographistes ou opérateurs UT de parler le même langage.
Ces défauts de soudage sont généralement regroupés en grandes familles : défauts géométriques (liés au profil du cordon), défauts structurels (interne à la soudure ou à l’interface métal de base/métal déposé) et défauts de porosité (gaz emprisonnés). Pour chaque famille, la norme donne un code d’imperfection qui sera ensuite repris dans les rapports de contrôle, les fiches de non‑conformité ou les plans de soudage. Vous gagnez ainsi en traçabilité et en clarté dans vos échanges avec les sous‑traitants ou les organismes de contrôle.
Défauts géométriques : surépaisseur, caniveaux et effondrement du cordon
Les défauts géométriques concernent l’aspect extérieur du cordon de soudure. Ils sont souvent visibles lors du simple contrôle visuel, ce qui en fait un premier indicateur de la qualité de mise en œuvre du procédé. Parmi les plus courants, on retrouve la surépaisseur de cordon (renfort excessif), les caniveaux ou sous‑coupes (érosion du métal de base au bord du cordon), l’effondrement du cordon dans le joint, ou encore un mauvais alignement entre les pièces assemblées.
Pourquoi ces défauts sont‑ils problématiques ? Parce qu’ils modifient la géométrie locale de la structure et créent des concentrations de contraintes mécaniques, un peu comme un angle vif dans une pièce usinée. Une surépaisseur importante peut gêner le montage d’éléments adjacents ou nécessiter un usinage supplémentaire, tandis qu’une sous‑coupe prononcée agit comme une amorce de fissure, surtout en fatigue. Selon le niveau de qualité choisi (B, C ou D), la norme ISO 5817 fixe des valeurs maximales admissibles de profondeur de sous‑coupe, de hauteur de renfort ou de décalage entre bords.
Défauts structurels : fissures, manques de fusion et inclusions solides
Les défauts structurels sont généralement plus graves, car ils affectent directement la continuité métallurgique de la soudure. Les fissures de soudage, qu’elles soient longitudinales, transversales ou en forme d’étoile, sont quasi systématiquement inacceptables quel que soit le niveau de qualité. Elles peuvent se propager sous l’effet des contraintes de service et conduire à une rupture brutale. De même, les manques de fusion ou manques de pénétration, situés à la racine du joint ou entre passes, représentent des discontinuités critiques.
Les inclusions solides (laitiers, oxydes, particules de tungstène, etc.) constituent une autre catégorie de défauts structurels pris en compte par l’ISO 5817. On peut les comparer à de petits cailloux pris dans le béton : tant qu’ils restent petits et isolés, ils peuvent être tolérés dans certains cas, mais au‑delà d’une certaine taille ou si leur densité augmente, ils fragilisent l’assemblage. La norme définit pour chacun de ces défauts des longueurs, hauteurs et espacements maximaux, variables selon le niveau B, C ou D. C’est sur cette base que les opérateurs RT ou UT classent les indications comme acceptables ou non.
Défauts de porosité : soufflures isolées, vermiculaires et nids de soufflures
Les défauts de porosité résultent de gaz emprisonnés dans le métal en fusion lors du soudage. Ils prennent la forme de soufflures isolées (cavités simples), de porosités en chaîne ou vermiculaires, voire de véritables nids de soufflures concentrés dans une zone restreinte. Sur une radiographie, ces défauts apparaissent sous forme de taches plus claires, de tailles et de répartitions variables. Leur impact sur la tenue mécanique dépend de leur diamètre, de leur densité et de leur position dans la section soudée.
Dans de nombreux assemblages, une certaine porosité est inévitable et ne remet pas en cause la conformité si elle reste dans les limites définies par l’ISO 5817. La norme fixe par exemple un diamètre maximal des soufflures, ainsi qu’un pourcentage maximal de surface de la section soudée pouvant être occupé par ces cavités, selon le niveau de qualité choisi. L’enjeu pour l’entreprise est alors double : d’une part, maîtriser les paramètres de soudage (préparation des bords, gaz de protection, propreté des pièces) pour limiter la porosité ; d’autre part, utiliser les bons critères d’acceptation pour éviter de rebuter inutilement des pièces parfaitement sûres en service.
Tolérances dimensionnelles des défauts par niveau de qualité
Le cœur pratique de la norme NF EN ISO 5817 réside dans ses tableaux de tolérances dimensionnelles. Pour chaque type d’imperfection de soudage, on y trouve les valeurs limites admissibles en fonction de l’épaisseur de la pièce et du niveau de qualité visé. Par exemple, la profondeur maximale de sous‑coupe autorisée au niveau C sera proportionnellement plus élevée qu’au niveau B, tandis que la longueur cumulée tolérée pour des manques de fusion sera plus restrictive pour les applications de haute criticité.
Il est utile de voir ces tolérances comme la « règle graduée » de la qualité de soudage : elles permettent de passer d’un simple jugement visuel subjectif (« la soudure a l’air correcte ») à un critère chiffré et vérifiable (« la sous‑coupe mesure 0,3 mm, la limite au niveau C est de 0,5 mm, la soudure est donc acceptable »). Les entreprises gagnent ainsi en objectivité dans le traitement des non‑conformités et dans le dialogue avec leurs clients. Bien sûr, rien n’empêche un donneur d’ordre de spécifier des exigences plus sévères que la norme, mais il est alors recommandé de le faire clairement dans le cahier des charges.
Méthodes de contrôle et inspection des soudures conformes ISO 5817
Pour vérifier la conformité des soudures aux niveaux de qualité ISO 5817, différents examens non destructifs (END) peuvent être mobilisés. Le choix de la méthode de contrôle dépend du type de défaut recherché, de l’épaisseur des pièces, de l’accessibilité et des exigences réglementaires ou contractuelles. La norme ISO 5817 ne décrit pas en détail les procédures d’inspection, mais renvoie à des normes spécifiques (ISO 17637, ISO 17640, etc.) pour définir comment réaliser et interpréter ces contrôles.
Dans un plan d’inspection soudage, il est courant de combiner plusieurs techniques : contrôle visuel systématique de toutes les soudures, complété par des méthodes volumiques (RT, UT) sur un pourcentage défini de joints critiques, et par des contrôles de surface (PT, MT) dans les zones sensibles. L’objectif est de détecter les défauts potentiellement inacceptables au regard du niveau B, C ou D retenu, tout en maîtrisant le coût global du contrôle. Là encore, le dialogue entre fabricant, client et organisme de contrôle est déterminant dès la phase de définition du plan qualité.
Contrôle visuel VT selon ISO 17637 et critères d’acceptation
Le contrôle visuel (VT) est la première ligne de défense en matière de qualité des soudures. Décrit par l’ISO 17637, il consiste à examiner l’aspect général du cordon, la géométrie, la présence éventuelle de fissures de surface, de sous‑coupes ou de projections. Bien réalisé, il permet de détecter une grande partie des défauts géométriques et certains défauts structurels ouverts en surface, sans recourir à des moyens lourds. Il est également très économique et peut être intégré directement dans le processus de fabrication.
Les critères d’acceptation utilisés lors du contrôle visuel sont directement issus des tableaux de la NF EN ISO 5817. Le contrôleur mesure, par exemple, la hauteur de renfort, la largeur du cordon ou la profondeur d’une sous‑coupe au moyen de jauges de soudure. Il compare ensuite ces valeurs aux limites correspondant au niveau de qualité spécifié. Un point souvent sous‑estimé est la nécessité de disposer d’un éclairage suffisant et d’une surface propre (décapée, sans laitier ni éclaboussures) pour un examen fiable. Le contrôle visuel ne remplace pas les autres END, mais il permet d’écarter une grande partie des non‑conformités avant même de passer à des contrôles plus coûteux.
Radiographie industrielle RT et gammagraphie pour la détection interne
La radiographie (RT) et la gammagraphie utilisent des rayonnements X ou gamma pour examiner l’intérieur des soudures. Elles sont particulièrement efficaces pour détecter les porosités, les inclusions de laitier, certains manques de fusion et les variations de densité dans le volume soudé. Sur le cliché radiographique, les différentes imperfections apparaissent par contraste de densité, ce qui permet d’évaluer leur taille et leur répartition. Cette méthode est largement utilisée pour les équipements sous pression et les pipelines, où la recherche de porosités ou de manques de pénétration est cruciale.
L’interprétation des films (ou des images numériques en radiographie numérique) se fait en s’appuyant sur les critères ISO 5817 : pour chaque type d’indication, le contrôleur doit déterminer si les dimensions mesurées restent dans les tolérances du niveau de qualité spécifié. La radiographie présente toutefois des limites : elle est moins performante pour détecter certains défauts plans orientés dans le plan du faisceau, et impose des mesures de radioprotection strictes. Il convient donc de l’intégrer judicieusement dans le plan de contrôle, par exemple en complément d’un examen ultrasonore sur les joints les plus épais.
Ressuage PT et magnétoscopie MT pour les défauts superficiels
Le ressuage (PT) et la magnétoscopie (MT) sont des méthodes de contrôle de surface particulièrement adaptées à la détection de défauts débouchant en surface : fissures, criques de solidification, piqûres ouvertes, manques de fusion ouverts, etc. Le ressuage peut être utilisé sur tous les matériaux non poreux, tandis que la magnétoscopie est réservée aux matériaux ferromagnétiques (aciers carbone et faiblement alliés). Dans les deux cas, l’objectif est de faire ressortir les discontinuités invisibles à l’œil nu sous forme d’indications colorées ou fluorescentes.
Une fois les indications relevées, le contrôleur les compare aux critères d’acceptation de l’ISO 5817, en tenant compte du niveau de qualité et de l’épaisseur du joint. Par exemple, une fissure de surface est généralement inacceptable quel que soit le niveau, alors que de petites indications ponctuelles (micro‑piqûres) pourront être tolérées au niveau C ou D si leurs dimensions restent inférieures aux limites prescrites. Pour les structures soumises à fatigue ou aux environnements corrosifs, combiner PT ou MT avec un contrôle visuel soigné permet de réduire significativement le risque de fissuration en service.
Ultrasons UT selon ISO 17640 pour l’examen volumétrique
L’examen par ultrasons (UT), décrit notamment par l’ISO 17640, est une méthode volumique de contrôle des soudures basée sur la propagation d’ondes ultrasonores dans le matériau. Il est particulièrement bien adapté à la détection de discontinuités planes (manques de fusion, fissures internes, délaminages) et peut être utilisé sur une grande plage d’épaisseurs, souvent là où la radiographie serait difficile à mettre en œuvre. Les indications sont visualisées sous forme de signaux sur un écran (ou via des images C‑scan en UT multiéléments), puis interprétées en termes de hauteur, de longueur et de position.
Comme pour la radiographie, les indications détectées en UT sont ensuite confrontées aux tolérances dimensionnelles de la NF EN ISO 5817. L’opérateur doit notamment évaluer si la longueur cumulée de manques de fusion ou la hauteur équivalente d’un défaut reste compatible avec le niveau B, C ou D. L’UT présente l’avantage de ne pas imposer de zones de sécurité radiologique et d’être facilement mobilisable sur chantier. En revanche, la qualité des résultats dépend fortement de la qualification de l’opérateur et de la calibration de l’appareillage sur des blocs étalons adaptés.
Application sectorielle de la norme ISO 5817 dans l’industrie
Si la norme NF EN ISO 5817 est générique, son application pratique varie sensiblement d’un secteur industriel à l’autre. Chaque domaine – construction métallique, équipements sous pression, offshore, ferroviaire, etc. – dispose de ses propres codes, directives ou spécifications techniques. L’enjeu pour les entreprises est d’intégrer correctement les niveaux de qualité ISO 5817 dans ce paysage normatif, de manière à démontrer la conformité de leurs soudures aussi bien vis‑à‑vis des normes produit que des exigences réglementaires.
Dans nombre de marchés, être capable de prouver la maîtrise des critères de qualité de soudage ISO 5817 devient un avantage concurrentiel. Les donneurs d’ordre internationaux reconnaissent cette norme comme un socle commun fiable, ce qui facilite les échanges entre fabricants de pays différents. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir les cahiers des charges mentionner explicitement « soudures conformes à ISO 5817 niveau B » pour les zones critiques, même lorsque d’autres codes (ASME, API, DNV, etc.) s’appliquent en parallèle.
Soudage des aciers de construction métallique selon EN 1090
Dans la construction métallique, la norme EN 1090 encadre la réalisation des structures porteuses en acier et aluminium, notamment dans le cadre du marquage CE. Elle définit des classes d’exécution (EXC1 à EXC4) qui reflètent le niveau d’exigence en termes de conception, de fabrication et de contrôle. Pour les soudures, l’EN 1090 renvoie directement à la NF EN ISO 5817 pour la définition des niveaux de qualité applicables en fonction de la classe d’exécution choisie.
Concrètement, les structures de classe EXC2 (bâtiments courants) sont généralement associées au niveau de qualité C, tandis que les classes supérieures EXC3 ou EXC4 (ouvrages d’art, bâtiments publics à forte fréquentation, structures soumises au séisme) peuvent imposer le niveau B pour certains joints critiques. Pour un fabricant de charpentes métalliques, maîtriser la correspondance entre classes d’exécution EN 1090 et niveaux de qualité ISO 5817 est donc essentiel pour dimensionner correctement ses procédés de soudage, son personnel qualifié et ses plans de contrôle.
Assemblages d’équipements sous pression conformes à la directive DESP
Les équipements sous pression (chaudières, réservoirs, échangeurs de chaleur, tuyauteries) sont soumis à la directive européenne 2014/68/UE dite DESP (PED en anglais). Cette directive impose une évaluation de conformité basée sur le niveau de risque (catégories I à IV) et exige que les procédés spéciaux comme le soudage soient maîtrisés et contrôlés. Bien que la DESP ne cite pas directement l’ISO 5817, de nombreux codes de construction adoptés pour la satisfaire (EN 13445, EN 13480, etc.) renvoient à cette norme pour la définition des critères d’acceptation des soudures.
Dans ce contexte, les soudures des parties sous pression critiques sont souvent classées au niveau de qualité B ou C, en fonction de la catégorie de l’équipement et des conditions de service (pression, température, milieu corrosif). Les organismes notifiés et bureaux d’inspection se réfèrent à ces critères pour accepter ou rejeter les assemblages soudés lors des examens définitifs. Pour un fabricant, il est donc stratégique d’intégrer les niveaux de qualité ISO 5817 dans ses procédures qualité internes, afin d’optimiser les rendements de fabrication tout en restant conforme à la DESP.
Structures offshore et navales soumises aux normes DNV-GL
Les structures offshore (plateformes pétrolières, éoliennes en mer, structures sous‑marines) et les constructions navales sont régies par des règles de sociétés de classification telles que DNV‑GL, Bureau Veritas, ABS, etc. Ces règles imposent des exigences très strictes en termes de résistance à la fatigue, de tenue à la corrosion et de fiabilité sur le long terme. Dans ce cadre, les niveaux de qualité de soudage inspirés ou directement basés sur l’ISO 5817 servent souvent de référence minimale.
Les joints soumis aux efforts alternés importants, aux vagues et aux vibrations cycles sont généralement exigés au niveau B, avec parfois des exigences complémentaires (par exemple l’absence totale de sous‑coupe ou la limitation drastique de certains défauts planaires). Les inspections sont fréquemment réalisées par UT avancé et par radiographie, complétés par des contrôles de surface systématiques. Pour les chantiers navals et les constructeurs d’infrastructures offshore, une parfaite compréhension des liens entre les règles DNV‑GL et les niveaux de qualité ISO 5817 permet de réduire le risque de non‑conformités majeures découvrables tardivement en projet.
Documentation technique et qualification selon ISO 5817
La mise en œuvre de la NF EN ISO 5817 ne se limite pas au contrôle final des soudures : elle doit être intégrée dans la documentation technique de l’entreprise et dans la qualification de son personnel. Les descriptifs de mode opératoire de soudage (DMOS/WPS) doivent notamment indiquer le niveau de qualité visé pour chaque type de joint, afin d’être cohérents avec les paramètres de soudage préconisés et les qualifications obtenues. De même, les QMOS (ISO 15614) et qualifications soudeurs (ISO 9606) doivent être établis dans une logique compatible avec les exigences finales sur les soudures.
Au niveau documentaire, on retrouve généralement :
- Des procédures qualité en soudage alignées sur EN ISO 3834, mentionnant les niveaux de qualité ISO 5817 à respecter.
- Des WPS/DMOS précisant les configurations de joint, procédés, paramètres et niveaux de qualité attendus.
- Des plans de contrôle et d’essais détaillant les méthodes d’END et les fréquences d’inspection.
Ce « fil rouge » documentaire permet de démontrer aux clients, organismes notifiés et auditeurs que les exigences de la norme sont prises en compte de la conception jusqu’au contrôle final. Il facilite également la formation des soudeurs et contrôleurs : chacun sait précisément quel niveau de qualité est attendu et comment il sera vérifié. In fine, bien maîtriser la NF EN ISO 5817, c’est se donner les moyens de produire des soudures à la fois sûres, conformes et économiquement optimisées.