# Tableau des normes soudage : panorama des référentiels indispensables

Dans l’univers industriel contemporain, le soudage représente un procédé d’assemblage critique dont la qualité détermine la sécurité, la fiabilité et la durabilité des structures métalliques. Qu’il s’agisse de constructions navales, d’infrastructures pétrolières ou d’équipements sous pression, chaque application impose des exigences spécifiques formalisées par des normes internationales. Ces référentiels constituent le langage commun entre donneurs d’ordres, fabricants et organismes de contrôle, garantissant la traçabilité et la conformité des opérations de soudage. La maîtrise de ces standards techniques devient indispensable pour tout professionnel souhaitant accéder aux marchés internationaux ou répondre aux appels d’offres dans des secteurs réglementés. Face à la multiplicité des normes ISO, EN, ASME ou AWS, comprendre leur champ d’application et leurs interactions constitue un enjeu majeur pour l’industrie moderne.

Normes ISO en soudage : décryptage des standards internationaux fondamentaux

L’Organisation internationale de normalisation (ISO) établit depuis plusieurs décennies les fondements techniques du soudage à l’échelle mondiale. Ces normes transcendent les frontières nationales pour offrir un cadre harmonisé reconnu par plus de 165 pays. Leur adoption progressive par les industries européennes, asiatiques et américaines témoigne de leur pertinence technique et de leur capacité à s’adapter aux évolutions technologiques. Les normes ISO en soudage couvrent l’intégralité de la chaîne de valeur, depuis la qualification du personnel jusqu’aux méthodes de contrôle non destructif, en passant par la définition des procédés et l’évaluation des défauts.

Cette harmonisation internationale facilite considérablement les échanges commerciaux et la mobilité des compétences. Un soudeur qualifié selon l’ISO 9606 peut théoriquement exercer dans n’importe quel pays ayant adopté ce référentiel, sans nécessiter de requalification complète. De même, les modes opératoires qualifiés selon l’ISO 15614 bénéficient d’une reconnaissance étendue, réduisant ainsi les coûts de qualification pour les entreprises exportatrices. Cette universalité représente un avantage compétitif majeur à l’heure de la mondialisation des marchés industriels.

ISO 3834 : système de management de la qualité en fabrication par soudage

La norme ISO 3834 constitue le référentiel central pour l’organisation et la gestion des activités de soudage en entreprise. Structurée en cinq parties distinctes, elle définit les exigences applicables selon trois niveaux de qualité : complet (ISO 3834-2), standard (ISO 3834-3) et élémentaire (ISO 3834-4). Cette classification permet d’adapter le système qualité aux criticités réelles des fabrications, évitant ainsi une bureaucratie excessive pour les applications courantes tout en imposant une rigueur maximale pour les équipements critiques.

L’ISO 3834-2 exige notamment la présence permanente d’un coordinateur en soudage possédant une qualification reconnue (IWE, EWE ou équivalent), la qualification exhaustive des modes opératoires avant production, ainsi qu’un système documentaire complet traçant l’ensemble des paramètres de soudage. Les audits de certification vérifient méthodiquement la conformité des installations, la validité des qualifications du personnel, la maîtrise des approvisionnements en consommables et l’efficacité des contrôles qualité. Pour les secteurs automobile, aéronautique ou énergétique, cette certification devient

un atout majeur pour prouver la maîtrise du soudage et sécuriser les relations avec les donneurs d’ordres internationaux. À l’inverse, négliger l’ISO 3834 expose à des non-conformités récurrentes, à des rejets en contrôle tiers et, in fine, à une perte de compétitivité sur les marchés les plus exigeants.

ISO 9606 : qualification et certification des soudeurs selon les procédés

La norme ISO 9606 définit les modalités d’épreuve de qualification des soudeurs pour les assemblages métalliques réalisés par soudage par fusion. Structurée en plusieurs parties (aciers, aluminium, cuivre, nickel, etc.), elle précise pour chaque famille de matériaux les positions de soudage, les types de joints, les épaisseurs et les diamètres couverts par une même épreuve. L’objectif est de vérifier de manière objective que le soudeur maîtrise réellement le procédé dans un domaine de validité représentatif de ses futures productions.

Concrètement, un examen de qualification ISO 9606 implique la réalisation d’un ou plusieurs coupons d’essai selon un descriptif de mode opératoire défini, suivie d’une campagne d’essais destructifs et/ou non destructifs (macrographies, traction, pliage, radiographie, ultrasons). La norme encadre également la durée de validité du certificat, généralement conditionnée à la continuité de l’activité et à l’absence de défauts majeurs constatés en production. Pour vous, entreprise de soudage, disposer d’un parc de soudeurs qualifiés ISO 9606 constitue un prérequis quasi systématique pour accéder aux chantiers soumis à des contrôles de tierce partie.

Dans la pratique, la gestion de ces qualifications peut vite devenir complexe, surtout lorsque vous intervenez sur plusieurs procédés (MIG/MAG, TIG, électrode enrobée, soudage par faisceau, etc.) et sur des matériaux variés. C’est pourquoi de nombreuses organisations mettent en place un registre numérique des qualifications permettant de suivre en temps réel les échéances, les domaines de validité et les restrictions associées à chaque certificat ISO 9606. Une telle démarche simplifie grandement les audits clients et limite les risques de non-conformité lors des inspections inopinées.

ISO 15614 : descriptif et qualification des modes opératoires de soudage

La série ISO 15614 encadre la qualification des modes opératoires de soudage, souvent désignés par les sigles QMOS (Qualification de Mode Opératoire de Soudage) ou WPQR (Welding Procedure Qualification Record). Là où l’ISO 9606 se concentre sur les compétences du soudeur, l’ISO 15614 vise à démontrer que le couple procédé + paramètres de soudage permet effectivement d’obtenir des assemblages conformes aux exigences mécaniques, métallurgiques et dimensionnelles fixées par le cahier des charges. C’est le cœur de la maîtrise procédurale en fabrication soudée.

Chaque partie de la norme (aciers, aluminium, cuivre, nickel, soudage par faisceau, etc.) détaille les essais de qualification à réaliser : découpe de prélèvements, essais mécaniques (traction, pliage, résilience), examens métallographiques, contrôles non destructifs… L’ensemble de ces résultats est consigné dans un WPQR, qui devient la référence technique autorisant la production en série. À partir de ce WPQR, vous rédigez les WPS (Welding Procedure Specifications), documents opérationnels mis à disposition des soudeurs sur les postes de travail.

Pour les entreprises intervenant à l’export ou dans des secteurs fortement réglementés, la mutualisation des QMOS ISO 15614 représente un levier de compétitivité déterminant. Au lieu de requalifier systématiquement chaque mode opératoire pour chaque client ou pays, vous bâtissez un portefeuille de procédés éprouvés, reconnus dans la plupart des juridictions. C’est un peu l’équivalent d’une “bibliothèque de recettes” de soudage : plus elle est complète et bien structurée, plus vous gagnez en réactivité et en capacité à répondre à des spécifications diverses sans surcoûts de qualification.

ISO 5817 : niveaux de qualité des défauts dans les assemblages soudés

La norme ISO 5817 fixe les niveaux de qualité des imperfections pour les soudures à l’arc sur aciers, nickel, titane et alliages associés. Elle définit trois niveaux de sévérité (B, C et D), du plus strict au plus tolérant, en fonction du type d’assemblage et des sollicitations mécaniques auxquelles il sera soumis. Pour chaque type de défaut (porosités, manque de fusion, sous-coupe, pénétration incomplète, etc.), la norme précise des seuils d’acceptation quantitatifs (taille, fréquence, répartition), qui servent de référence aux contrôleurs CND et aux inspecteurs qualité.

L’un des intérêts majeurs de l’ISO 5817 est de standardiser le dialogue entre concepteurs, soudeurs et contrôleurs. Plutôt que de s’en remettre à des appréciations subjectives, chacun peut se référer à un langage commun, par exemple “niveau de qualité B pour les cordons principaux, niveau C pour les soudures secondaires”. Cette clarification évite bien des litiges lors des réceptions de chantier. On peut comparer cette norme à un “code de la route” des imperfections : tout le monde sait quelles limites ne pas dépasser, et dans quelles conditions une dérogation peut être envisagée.

Dans les projets complexes, ISO 5817 est souvent couplée à d’autres normes de contrôle (ISO 17635, 17636, 17640, etc.) pour définir une stratégie d’inspection cohérente : quels joints vérifier, par quelle méthode, avec quels critères d’acceptation. Pour vous, l’enjeu est de bien intégrer ces niveaux de qualité dès la phase d’offre, afin d’anticiper le temps et le coût des contrôles, mais aussi le niveau de compétence requis pour vos soudeurs. Exiger systématiquement le niveau B sur toutes les soudures n’a pas de sens économique ; l’art consiste à ajuster les niveaux en fonction des risques réels.

Référentiels européens EN et leur application dans l’industrie du soudage

Les normes européennes de soudage, publiées sous le préfixe EN ou EN ISO, visent à harmoniser les exigences techniques au sein de l’Union européenne et de l’Espace économique européen. Une fois transposées au niveau national (NF EN en France, DIN EN en Allemagne, BS EN au Royaume-Uni, etc.), elles deviennent la référence pour la mise sur le marché et la certification CE de nombreuses structures soudées. Pour les fabricants, maîtriser ces textes, c’est avant tout sécuriser l’accès au marché européen et réduire les barrières techniques aux échanges intra-UE.

Dans le domaine du soudage, ces référentiels couvrent aussi bien les structures métalliques que les récipients sous pression, les véhicules ferroviaires ou encore les équipements offshore. Ils s’appuient largement sur les normes ISO déjà évoquées (ISO 3834, 9606, 15614, 5817, 10042, etc.) en y ajoutant des exigences spécifiques à la réglementation européenne. Vous vous demandez comment choisir entre une norme EN et une norme ISO “pure” ? Dans la plupart des cas, dès lors que vous visez le marquage CE, c’est la version EN ISO (ou la norme EN sectorielle) qui s’impose.

EN 1090 : exigences pour l’exécution des structures en acier et aluminium

La norme EN 1090 constitue le pilier réglementaire pour la réalisation des structures en acier et en aluminium dans le cadre du marquage CE. Elle se décline en plusieurs parties, dont EN 1090-1 (exigences relatives au contrôle de production en usine pour le marquage CE), EN 1090-2 (structures en acier) et EN 1090-3 (structures en aluminium). Au cœur du dispositif, la classification en classes d’exécution EXC1 à EXC4 permet d’ajuster le niveau d’exigence en matière de soudage et de contrôle en fonction des enjeux de sécurité de l’ouvrage.

EN 1090 renvoie directement aux normes EN ISO 15614 pour la qualification des modes opératoires, EN ISO 9606 pour la qualification des soudeurs, ISO 3834 pour le système qualité soudage et EN ISO 5817 pour les critères d’acceptation des défauts. Pour être autorisé à apposer le marquage CE sur des éléments de structure, vous devez mettre en place un Contrôle de Production en Usine (FPC) certifié par un organisme notifié, qui auditera notamment votre organisation du soudage, vos qualifications et vos procédures de contrôle. C’est un peu l’“équation centrale” de la conformité soudage pour le bâtiment et les ouvrages de génie civil.

En pratique, une mauvaise compréhension d’EN 1090 peut entraîner des retards majeurs sur les chantiers : QMOS non valides, soudeurs non qualifiés pour la bonne classe d’exécution, traçabilité incomplète des consommables… Pour éviter ces écueils, il est fortement recommandé de désigner un coordinateur en soudage formé (IWE/IWT/IWS) chargé de piloter la conformité EN 1090 au quotidien. Vous gagnez ainsi en sérénité lors des audits et en crédibilité auprès des grands donneurs d’ordres européens.

EN 287 : épreuves de qualification des soudeurs pour l’acier et l’aluminium

Historiquement, la norme EN 287 a longtemps constitué la référence européenne pour l’épreuve de qualification des soudeurs sur acier (EN 287-1) puis aluminium (EN 287-2). Elle a été progressivement remplacée par la série EN ISO 9606, dans une logique d’harmonisation mondiale pilotée par l’ISO et le CEN. De nombreux certificats de soudeur portent encore la mention EN 287, mais leur validité est désormais encadrée par des dispositions de transition et des recommandations des organismes de certification.

Pourquoi mentionner EN 287 dans un tableau des normes de soudage, alors qu’elle est déclarée obsolète ? Simplement parce que vous la rencontrez encore dans une multitude de cahiers des charges, de plans anciens ou de spécifications internes non mises à jour. Comprendre la correspondance entre EN 287 et EN ISO 9606 est donc essentiel pour gérer les équivalences, renégocier les exigences contractuelles et planifier les requalifications nécessaires. Dans bien des cas, un soudeur qualifié EN 287 pourra être “basculé” sur l’ISO 9606 via une simple épreuve de prolongation bien documentée.

Pour les nouvelles qualifications, la règle est claire : privilégier systématiquement EN ISO 9606, qui garantit une reconnaissance plus large en dehors de l’Europe et s’inscrit dans la logique actuelle des référentiels de soudage. Si vos documents internes mentionnent encore EN 287, il est judicieux d’entamer un chantier de mise à jour documentaire pour éviter les ambiguïtés lors des audits et des échanges avec les organismes de contrôle.

EN 13445 : réglementation des récipients sous pression non soumis à la flamme

La norme EN 13445 traite des récipients sous pression non soumis à la flamme, en alternative au célèbre Code ASME VIII. Elle couvre la conception, la fabrication, l’inspection et les essais de ces équipements dans le cadre de la Directive européenne des équipements sous pression (DESP). Le soudage y occupe une place centrale, avec des exigences détaillées sur la qualification des procédés (ISO 15614), la qualification du personnel (ISO 9606/ISO 14732) et la mise en œuvre d’un système qualité adapté (ISO 3834).

Sur le plan technique, EN 13445 se distingue par une approche plus analytique et plus flexible que certains codes traditionnels, en laissant davantage de place au calcul par analyse numérique et aux méthodes de justification avancées. Pour vous, fabricant européen, opter pour EN 13445 peut représenter un avantage en termes d’optimisation des épaisseurs et de compétitivité matière, à condition de bien maîtriser ses subtilités. La contrepartie ? Une exigence accrue en matière de documentation de soudage, de traçabilité des consommables et de rigueur dans les contrôles non destructifs.

Dans un contexte où de nombreux projets combinent des exigences européennes et internationales, il n’est pas rare de devoir gérer des combinaisons de codes (EN 13445 + ASME Section IX, par exemple). D’où l’importance de disposer de tableaux de correspondance clairs et d’un spécialiste capable de traduire ces exigences dans des procédures de soudage cohérentes. Sans cette vision d’ensemble, le risque est de sur-spécifier (et donc de surcoûter) ou, à l’inverse, de se retrouver en situation de non-conformité réglementaire.

EN 1011 : recommandations pour le soudage des matériaux métalliques

La série EN 1011 fournit des recommandations pratiques pour le soudage des matériaux métalliques par différents procédés (principalement les procédés à l’arc). Elle traite de sujets essentiels comme le préchauffage, le contrôle de l’apport de chaleur, la prévention des fissurations à froid, le choix des métaux d’apport, ou encore les conditions environnementales de soudage. Contrairement à d’autres normes plus “contractuelles”, EN 1011 se présente davantage comme un guide technique d’application, destiné à aider les ingénieurs et soudeurs à définir des paramètres sûrs et reproductibles.

On y trouve par exemple des abaques de préchauffage en fonction de la composition chimique de l’acier, de l’épaisseur et des contraintes de service, ou encore des recommandations pour limiter l’hydrogène diffusible dans la zone affectée thermiquement. C’est un peu l’équivalent d’un “manuel du bon sens soudage”, basé sur des décennies de retour d’expérience et d’essais métallurgiques. En vous y référant, vous réduisez significativement les risques de défauts graves (fissuration, fragilisation, déformations excessives) qui peuvent coûter très cher en réparations.

EN 1011 est particulièrement précieuse lorsque vous développez de nouveaux modes opératoires de soudage ou que vous intervenez sur des matériaux sensibles (aciers à haute limite d’élasticité, aciers à grains fins, aluminium, etc.). Plutôt que de procéder par essais-erreurs coûteux, vous vous appuyez sur des recommandations normatives pour cadrer vos paramètres de départ, puis les ajuster finement selon les résultats. C’est un gain de temps considérable, et un moyen efficace d’argumenter vos choix techniques face aux inspecteurs ou aux bureaux de contrôle.

Codes de construction américains ASME et AWS pour le soudage industriel

Au-delà des normes ISO et EN, le monde du soudage industriel est structuré par deux grands systèmes nord-américains : les codes ASME (American Society of Mechanical Engineers) et les codes AWS (American Welding Society). Très largement utilisés dans les secteurs de l’énergie, de la pétrochimie, de l’offshore ou des infrastructures, ces référentiels s’imposent souvent comme exigences contractuelles même en dehors du continent américain. Vous travaillez pour un donneur d’ordres international ? Il est fort probable que l’on vous demande à un moment ou à un autre de vous conformer à ASME Section IX ou AWS D1.1.

Ces codes se distinguent par une approche très prescriptive et orientée “construction”, où le soudage est intégré dans un ensemble global de règles de conception, de fabrication et d’inspection. Ils disposent également de leurs propres systèmes de qualification de procédés et de personnel, parfois plus flexibles que les équivalents ISO/EN, mais aussi plus spécifiques à un secteur (structures, canalisations, chaudières, etc.). Comprendre les convergences et les divergences entre ces univers normatifs est un enjeu majeur pour les entreprises qui interviennent sur des projets multinormes.

ASME section IX : qualification des procédures et des opérateurs de soudage

La Section IX du Code ASME est dédiée à la qualification des procédures de soudage (WPS/PQR) et des opérateurs. Elle s’applique à l’ensemble des équipements relevant des codes de construction ASME (chaudières, récipients sous pression, canalisations de procédés, etc.). Comme l’ISO 15614 et l’ISO 9606, elle définit les conditions dans lesquelles une procédure ou un soudeur peuvent être considérés comme qualifiés, en précisant les variables essentielles, supplémentaires et non essentielles qui doivent être strictement contrôlées ou documentées.

Une particularité notable d’ASME Section IX réside dans sa flexibilité d’interprétation et sa capacité à couvrir un large éventail de procédés et de matériaux via des tableaux de regroupement (P-Number, F-Number, A-Number). Cette structuration permet souvent d’optimiser le nombre de QMOS nécessaires en production, en tirant parti des domaines de validité étendus pour des familles de matériaux similaires. Pour autant, cette apparente souplesse peut être déroutante si vous n’êtes pas familier avec la logique du code, et conduire à des erreurs de qualification si les tableaux ne sont pas correctement interprétés.

Dans les projets internationaux, il n’est pas rare qu’un même mode opératoire doive être qualifié à la fois selon ASME Section IX et ISO 15614. Une bonne pratique consiste alors à concevoir des essais de qualification “bi-normes”, dont le plan d’essais et le dossier technique sont élaborés pour répondre simultanément aux deux référentiels. Cela demande un peu plus de préparation, mais permet de limiter le nombre d’essais physiques, donc les coûts et les délais, tout en offrant une flexibilité maximale pour répondre à des cahiers des charges multiples.

AWS D1.1 : code de soudage structurel pour l’acier de construction

Le code AWS D1.1 s’impose mondialement comme la référence pour le soudage des structures en acier de construction : bâtiments, ponts, charpentes industrielles, etc. Il couvre la conception des détails soudés, les exigences de qualification des procédures et des soudeurs, ainsi que les critères d’acceptation des soudures et les méthodes de contrôle. Son champ d’application est volontairement large, ce qui en fait un document incontournable pour les entreprises de construction métallique travaillant avec des donneurs d’ordres nord-américains ou suivant des standards “globalisés”.

Comparé aux normes européennes (EN 1090, EN 1993, EN ISO 5817), AWS D1.1 adopte parfois des approches différentes en matière de critères d’acceptation et de tolérance aux défauts. Par exemple, certains types d’imperfections peuvent être acceptés après évaluation technique, là où les normes EN se montrent plus prescriptives. Cela peut constituer un avantage en termes de réparations limitées, mais suppose une forte maturité technique pour ne pas dégrader la sécurité structurale. On peut comparer AWS D1.1 à un “code de la construction” très orienté pratique de chantier, là où EN 1090 est plus étroitement articulée à la réglementation européenne.

Si vous devez basculer d’une logique EN 1090 vers une logique AWS D1.1 (ou inversement), il est essentiel de travailler avec des tableaux de correspondance détaillés : classes d’exécution vs catégories de détail, niveaux de qualité des soudures, plans d’inspection et d’essais, documents de qualification… Sans cette boussole, le risque est de multiplier les doublons (double qualification, double contrôle) ou de laisser des “angles morts” dans lesquels se glissent les non-conformités.

ASME B31.3 : tuyauterie de procédés chimiques et pétroliers

La norme ASME B31.3 fait partie de la famille des codes de tuyauterie B31 et traite spécifiquement des systèmes de tuyauterie de procédés dans l’industrie chimique, pétrochimique, pharmaceutique et par extension, dans de nombreuses installations industrielles complexes. Le soudage y est omniprésent, puisqu’il conditionne l’intégrité des réseaux transportant des fluides parfois dangereux, à haute pression et à haute température. B31.3 définit les exigences de conception, de fabrication, de contrôle et d’essai des tuyauteries, en s’appuyant sur ASME Section IX pour la qualification des procédures et des soudeurs.

Pour les ateliers de préfabrication de tuyauterie comme pour les chantiers d’assemblage, la maîtrise d’ASME B31.3 implique une rigueur accrue dans la gestion des QMOS, la qualification des soudeurs par procédés et positions, et la planification des contrôles (radiographie, ultrasons, ressuage, etc.). Le code prévoit différentes catégories de fluides et de niveaux de service, chacun associé à des exigences spécifiques en matière de contrôle et d’acceptation des soudures. Vous l’aurez compris : plus le risque associé au fluide est élevé, plus le niveau d’exigence sur la qualité de soudage sera strict.

Dans de nombreux projets, ASME B31.3 cohabite avec d’autres normes ou spécifications propriétaires (API, compagnies pétrolières, opérateurs de procédés). Pour éviter les contradictions et les sur-spécifications, il est crucial de cartographier précisément les exigences applicables : quelles lignes relèvent de B31.3 ? Quelles spécifications s’y ajoutent ? Quel pourcentage de contrôles non destructifs est réellement requis ? Une démarche structurée dès la phase d’ingénierie vous permettra de dimensionner correctement votre organisation de soudage et vos capacités de contrôle.

AWS D1.6 : soudage des structures en acier inoxydable

Le code AWS D1.6 complète AWS D1.1 en ciblant spécifiquement le soudage des structures en acier inoxydable. Il s’applique à une large gamme d’inox austénitiques, ferritiques, martensitiques et duplex utilisés dans des structures de bâtiments, des équipements industriels ou des installations exposées à des environnements corrosifs. Comme D1.1, il couvre la qualification des procédures, la qualification des soudeurs, la conception des détails soudés et les critères d’acceptation des soudures.

L’intérêt d’un code dédié aux inox réside dans la prise en compte explicite des enjeux de corrosion, de microstructure et de distorsion propres à ces matériaux. Les exigences de préparation des bords, de choix des métaux d’apport, de contrôle de l’apport thermique ou de traitement de surface après soudage y sont abordées avec une granularité que l’on ne retrouve pas toujours dans les référentiels plus généralistes. Pour vous, c’est une ressource précieuse lorsque vous devez justifier techniquement vos choix de paramètres pour limiter la corrosion intergranulaire, la perte de passivité ou les déformations excessives.

Si vous travaillez déjà sous référentiel EN (par exemple EN 1090 pour des structures avec éléments inox), combiner AWS D1.6 pour la partie technique et les normes EN pour la partie réglementaire peut s’avérer judicieux. L’essentiel est de bien documenter cette hybridation de référentiels dans vos procédures internes, afin de prouver aux auditeurs et aux clients que chaque exigence critique (résistance mécanique, durabilité, sécurité) est correctement couverte.

Normes spécifiques aux secteurs nucléaire, aéronautique et offshore

Certains secteurs industriels à très forte criticité – nucléaire, aéronautique, offshore pétrolier et gazier – imposent des normes et codes supplémentaires, souvent plus exigeants que les référentiels “généraux”. Dans ces domaines, une défaillance d’un assemblage soudé peut avoir des conséquences majeures : risques pour la sûreté nucléaire, perte de vies humaines en mer, crash aéronautique. Les cahiers des charges y combinent donc les normes ISO/EN/ASME avec des codes sectoriels spécifiques, parfois propriétaires.

Pour les entreprises qui souhaitent se positionner sur ces marchés, la maîtrise de ces référentiels spécialisés représente un saut de complexité par rapport aux standards classiques. Il ne s’agit plus seulement de bien souder, mais de démontrer, par une documentation exhaustive et des audits renforcés, que chaque étape du processus est sous contrôle. Voyons trois familles de normes emblématiques : le code français RCC-M pour le nucléaire, les règles de sociétés de classification comme ABS et DNV-GL pour le maritime/offshore, et les référentiels NADCAP pour l’aéronautique.

RCC-M : règles de conception et construction des composants nucléaires français

Le RCC-M (Règles de Conception et de Construction des matériels Mécaniques des îlots nucléaires REP) est élaboré par l’AFCEN et s’impose comme référence pour la construction des équipements mécaniques des centrales nucléaires françaises (et de nombreux projets export). Il couvre la conception, le dimensionnement, la fabrication, le soudage, le contrôle et la documentation des composants de sûreté. En matière de soudage, le RCC-M va bien au-delà des normes ISO ou EN en imposant des exigences supplémentaires de qualification, de contrôle et de traçabilité.

Par exemple, les QMOS doivent souvent être qualifiées selon des plans d’essais renforcés, incluant des essais de résilience et de ténacité à basse température, des examens métallographiques poussés ou des contrôles non destructifs à 100 % pour certains joints. Les soudeurs sont soumis à des épreuves spécifiques, avec des limitations très strictes de domaine de validité. La documentation de soudage (carnets de soudage, fiches de suivi, rapports CND) doit être conservée sur des durées très longues et permettre de reconstituer précisément l’historique de chaque joint soudé.

Entrer dans le monde du RCC-M, c’est un peu comme passer du permis voiture à la qualification de pilote de ligne : les bases restent les mêmes, mais le niveau d’exigence, la densité documentaire et la responsabilité associée changent d’échelle. Avant de vous lancer sur ce marché, il est prudent de réaliser un diagnostic de maturité de votre organisation de soudage (procédures, compétences, systèmes qualité) afin d’identifier les écarts par rapport aux attentes du RCC-M et de planifier les investissements nécessaires.

ABS et DNV-GL : standards maritimes pour les structures offshore et navales

Dans le secteur maritime et offshore, des sociétés de classification comme ABS (American Bureau of Shipping) ou DNV-GL (aujourd’hui DNV) définissent des règles de classe couvrant la conception, la construction et l’exploitation des navires, plateformes offshore et structures marines. Le soudage y tient un rôle central, car il conditionne la résistance des coques, des topsides, des structures sous-marines et des éléments critiques exposés à des environnements sévères (fatigue, corrosion, impact, houle).

Les règles ABS et DNV-GL intègrent des exigences spécifiques en termes de choix de matériaux, de qualification de procédés de soudage et de contrôle non destructif. Elles imposent souvent des essais complémentaires liés à la tenue à la fatigue, à la résistance à la fissuration par corrosion sous contrainte ou à la résilience à basse température. Les QMOS doivent être qualifiées en présence de surveyors (inspecteurs) de la société de classification, et les modifications de paramètres sont strictement encadrées. L’analogie avec un contrôle technique permanent n’est pas exagérée : chaque étape de la fabrication est potentiellement soumise à inspection.

Pour vous, entreprise de soudage souhaitant intervenir sur des projets maritimes ou offshore, la clé réside dans une relation étroite avec la société de classification dès les phases amont : revue des procédures, validation des plans d’essais, clarification des critères d’acceptation. Une bonne anticipation permet de limiter les reprises coûteuses en fin de fabrication et d’éviter les blocages lors des essais de mise en service. Là encore, disposer d’un spécialiste interne ou d’un partenaire rompu aux règles ABS/DNV est un atout déterminant.

NADCAP AC7110 : certification aéronautique des procédés de soudage

Dans l’aéronautique, le contrôle des procédés spéciaux – dont le soudage – est placé sous la houlette du programme NADCAP (National Aerospace and Defense Contractors Accreditation Program). Le référentiel AC7110 et ses déclinaisons définissent les exigences applicables aux procédés de soudage (fusion, brasage, soudage par faisceau, FSW, etc.) utilisés pour la fabrication de pièces aéronautiques et spatiales. L’objectif est de garantir, à travers des audits très détaillés, que les procédés sont maîtrisés de bout en bout et reproductibles à haute fiabilité.

Les audits NADCAP portent à la fois sur la qualification des procédés (plans d’essais, coupons témoins, corrélation avec les propriétés requises) et sur la maîtrise opérationnelle (formation du personnel, maintenance des équipements, enregistrement des paramètres, traçabilité matière). La philosophie est claire : si le procédé est parfaitement maîtrisé et surveillé, la qualité du produit final sera au rendez-vous, même lorsque le contrôle de chaque pièce serait impossible ou trop coûteux. Dans ce contexte, le soudage est traité comme un procédé spécial critique, au même titre que le traitement thermique ou le revêtement.

Pour une PME souhaitant entrer dans la supply chain aéronautique, se préparer à un audit NADCAP AC7110 représente un véritable projet d’entreprise. Il faut souvent adapter en profondeur l’organisation de soudage : formalisation des WPS, enregistrement systématique des paramètres réels, gestion des dérogations, formation spécifique des opérateurs. L’effort est conséquent, mais la récompense est à la hauteur : l’accréditation devient un passeport d’entrée vers des marchés à forte valeur ajoutée et à long terme.

Tableaux synoptiques de correspondance entre référentiels internationaux

Face à la diversité des normes de soudage – ISO, EN, ASME, AWS, codes sectoriels – il est tentant de se sentir perdu. Comment savoir si une qualification réalisée selon ASME Section IX peut être acceptée dans un projet régi par EN ISO 15614 ? Comment comparer un niveau de qualité ISO 5817 à un critère d’acceptation AWS D1.1 ? C’est là qu’interviennent les tableaux synoptiques de correspondance, véritables cartes routières des référentiels de soudage.

Ces tableaux ne remplacent évidemment pas une analyse détaillée des normes, mais ils offrent une vision d’ensemble rapide des équivalences, des recouvrements et des écarts majeurs. Ils sont particulièrement utiles en phase d’offre, lorsque vous devez évaluer rapidement si votre portefeuille de QMOS et de qualifications de soudeurs existants est réutilisable sur un nouveau projet. Ils permettent aussi de préparer des stratégies de qualification “multi-référentiels”, en identifiant les combinaisons de normes qui offrent le meilleur compromis entre couverture technique et optimisation des essais.

Objet ISO / EN ASME / AWS Remarques de correspondance
Qualification des procédés de soudage ISO 15614 / EN ISO 15614 ASME Section IX (PQR/WPS) Logique similaire, mais domaines de validité et variables essentielles à comparer au cas par cas.
Qualification des soudeurs ISO 9606 / EN ISO 9606 ASME Section IX (WPQ) / AWS D1.x Équivalence possible mais non automatique ; exigences d’essais et de renouvellement différentes.
Système qualité soudage ISO 3834 Approches internes + exigences spécifiques codes ISO 3834 est souvent acceptée comme base, complétée par des exigences code (ASME, API…).
Niveaux de qualité des soudures ISO 5817 / ISO 10042 AWS D1.1 / D1.6 critères d’acceptation Correspondances partielles, nécessitant une analyse détaillée pour les défauts critiques.
Structures acier EN 1090 + Eurocode 3 AWS D1.1 Philosophies différentes ; possible d’établir des ponts mais pas d’équivalence formelle.

Dans vos documents internes, il est pertinent de créer vos propres tableaux de correspondance adaptés à vos marchés, en vous concentrant sur les combinaisons que vous rencontrez le plus souvent (par exemple EN/ISO <-> ASME pour les équipements sous pression, EN 1090 <-> AWS D1.1 pour les charpentes, etc.). Ces outils deviennent rapidement un réflexe pour vos équipes commerciales, vos responsables qualité et vos coordinateurs en soudage, qui peuvent ainsi parler le même langage, quel que soit le code invoqué par le client.

Procédures de sélection des normes applicables selon le type d’assemblage

Devant cette mosaïque de normes de soudage, une question revient sans cesse sur le terrain : comment choisir les référentiels applicables pour un projet donné ? La pire approche consiste à empiler les codes “par sécurité”, au risque de créer un millefeuille d’exigences parfois contradictoires, toujours coûteux. À l’inverse, se contenter du minimum légal sans tenir compte des risques réels peut fragiliser la sécurité et la durabilité de l’ouvrage. La clé réside dans une procédure de sélection structurée, fondée sur une analyse de risque et une compréhension fine du contexte réglementaire et contractuel.

Une démarche efficace peut s’articuler en plusieurs étapes :

  • Identifier le cadre réglementaire : directives européennes (PED, machines, construction), réglementations nationales, exigences d’autorités (nucléaire, maritime, aéronautique).
  • Analyser le type d’assemblage : structure porteuse, récipient sous pression, tuyauterie de procédé, structure offshore, composant aéronautique, etc.
  • Recenser les exigences contractuelles : normes imposées par le client, codes de construction, spécifications propriétaires.
  • Cartographier les normes de soudage pertinentes : ISO/EN, ASME/AWS, codes sectoriels, en les hiérarchisant (obligatoire / recommandé / optionnel).

À partir de cette cartographie, vous pouvez définir une “architecture normative” claire pour chaque projet : quelles normes de soudage s’appliquent au système qualité (ISO 3834, ISO 9001) ? Lesquelles encadrent la qualification des procédés et du personnel (ISO 15614, ISO 9606, ASME IX, AWS) ? Quelles sont celles qui définissent les critères d’acceptation des défauts (ISO 5817, AWS D1.1) et les plans de contrôle (ISO 17635, EN 1090, B31.3) ? En documentant cette architecture dans un document de type “plan de management de la qualité soudage”, vous offrez à vos équipes une feuille de route lisible et partageable avec le client.

Enfin, n’oubliez pas que la sélection des normes applicables n’est pas figée une fois pour toutes. Les projets industriels évoluent, les clients aussi, et les normes sont régulièrement révisées (tous les 3 à 5 ans en moyenne). Mettre en place une veille normative structurée – via les organismes de normalisation, les syndicats professionnels, ou des partenaires spécialisés – vous permet d’anticiper les évolutions, de mettre à jour vos procédures et de former vos équipes avant que les changements ne deviennent contraignants. C’est la meilleure façon de transformer la complexité normative du soudage non pas en contrainte, mais en véritable avantage concurrentiel.